Mais qu'est ce que c'est Lanredec ?





Kermenguy, Lanredec, Kerinou en 1790

Jusqu'à la fin des années 1930 c'est un village de la commune de Lambézellec, non loin du bourg de Kerinou, et tout près des fortifications de Brest.

Sur la carte de détail, à gauche, (cliquer dessus pour élargir la zone affichée), qui date de 1790, le cartographe l'a appelé La Rhédic. On reconnait Kérinou à droite et Kermenguy à gauche (à l'époque le K barré est employé pour abréger Ker, qui signifie village ou ville).

Cette orthographe est probablement un excès de zèle d'un non bretonnant car la carte de Cassini (1782), à droite, porte déjà la leçon Landerec (qui sent la dyslexie). Pour Roger Faligot (dans Brest l'insoumise) « comme le signale l'ancien nom breton du quartier, Lann redec fut jadis, au temps d'Azenor, il y a 1500 ans, une lande traversée de ruisseaux. »

Brest et le sud de Lambezellec sous Louis XVI


Fine Lescop

En 1897 mon arrière grand mère Joséphine Lescop épouse mon arrière grand père Laurent Gélébart et apporte en dot la ferme de Lanredec qu'ils exploiteront jusque dans les années 1930.

Laurent  Gélébart fera surtout du maraîchage, alimentant la grande ville toute proche en haricots verts et petits pois, légumes qu'il a contribué à introduire dans la région. Mais la ferme compte aussi une vingtaine de vaches, chiffre important pour l'époque.

A la fin des années 20 Laurent doit vendre une partie de la ferme, près de la route de Penfell, aujourd'hui rue du Cdt Drogou, à la suite de l'incendie de la conserverie de son frère et du décès de ce dernier. Un lotissement loi Loucheur y sera construit.

Joséphine en profite pour faire construire une boucherie pour son fils puis une épicerie-café pour sa fille sur ce lotissement.

Vers cette époque Laurent, handicapé par la maladie de Dupuytren, met sa ferme en location.

Laurent Gélébart


En 1939, mon grand père Gilles Gélébart est fait prisonnier et envoyé à Pouzauges. Il s'évadera en 1942 (?) pendant son transfert en Allemagne et regagnera Kerinou en auto-stop ... la plus grande partie du trajet étant effectuée dans une ambulance militaire allemande !

C'est dans le bocage de Lanredec qu'il se cachera jusqu'à la libération de Brest, sortant dans les champs par une petite porte au fond de son abattoir chaque fois qu'un uniforme ou un individu louche sera signalé aux environs de sa boucherie. A cette époque le remembrement n'a pas encore fait ses ravages, et à quelques centaines de mètres de la ville la campagne est encore un entremèlement inextricable de champs, de talus, de bosquets, de chemins creux...

Gilles Gélébart


Kermenguy, Lanredec, Kerinou en 1985

Laurent Gélébart et Joséphine Lescop sont morts pendant la guerre.

A la fin des années 40, Brest, qui a été entièrement détruite, est en pleine reconstruction. La moitié ouest de la ferme de Lanredec sera expropriée par la ville pour construire un lotissement. La moitié est sera achetée par la marine pour créer un autre lotissement.

A la fin des années 50, sept pavillons seront construits à la place de l'aire à battre et des bâtiments de l'exploitation. La maison (au 18 rue de Royan) sera rehaussée et divisée en appartements. A cette occasion le linteau de l'entrée, qui porte une date du XVIIIe siècle, sera intégré dans le pignon, il est aujourd'hui recouvert par le crépi. La maison restera encore quelques années dans la famille puis sera aussi vendue et de nouveau remaniée, cette fois en chambres d'étudiants.

Au début des années 60, un pont franchira la vallée du moulin à poudre et mettra le plateau du Bouguen et Lanredec à quelques minutes à pied du centre de Brest. L'Université de Bretagne Occidentale s'installera le long de ce nouvel axe de développement de Brest.

En 1990 nous achetons la maison construite là même où se trouvait l'aire à battre. En 2008 nous achetons une maison située plus bas vers Kerinou dans le lotissement loi Loucheur évoqué ci-dessus.

La carte ci-contre (cliquer dessus pour élargir la zone affichée) a, grosso modo, le même périmètre que celle du haut de la page.



Et c'est où ?



Quelques commentaires d'Henri Nicol, 90 ans, fils du maréchal-ferrand de Kérinou, qui a quitté la région depuis plus de 60 ans, et dont j'ai eu la surprise et le plaisir de recevoir une longue lettre suite à la mise sur le web de cette page:

[...]

Il s'agit bien du Lanrédec que j'ai connu.

Village de la commune de Lambé ? le mot village est trop généreux. Au point que j'ai connu sous le nom de Lanrédec il y avait la grande ferme de Laurent Gélébart et deux fermes minuscules en dessous, à quelques pas, en direction du paradis des indigènes: "les Forts", les fortifications de Brest.

Bourg de Kérinou. Je trouve ce "bourg" pas approprié du tout. Kérinou était, avec des petits moyens une vraie petite ville industrielle et commerçante: il y avait une grande brasserie, deux ateliers d'ébénistes, épicerie en gros, transporteurs (hippo bien sûr), des pharmacies, boucheries, la grande quincaillerie Gélébart, un atelier de forge et charronnage, et maréchalerie, et puis le "péril jaune": le tramway avec son usine de production d'électricité, la tannerie Cadiou et bien sûr les professions de sauvetage, garages, selleries, plusieurs boulangeries (dont une Gélébart).

Cette liste n'est pas complète. [...]

Kérinou n'avait ni mairie, ni église. Aujourd'hui il y en a une, que je ne connais que par photo et qui me semble une insulte à l'architecture sacrée d'autrefois.

Non, Kérinou n'était pas un village, pas un bourg. Lanrédec, avec ses trois maison n'était pas un village, pas un hameau non plus, la grande ferme Gélébart lui donnait une autre dimension.

Lanrédec, à mes yeux, c'était cette grande ferme, très moderne en son époque, avec son habitation coquette, ses dépendances, sa laiterie, ses deux grands bâtiments visibles de très loin à usage d'étable et écurie, grange, et ses grands champs de maraîchage, de betterave, céréales, artichauts, son aire à battre où les machines étaient déjà électrifiées.

Vers les années 30, j'ai eu la déception de voir, dans ce grand champ de blé, pousser tout un village de maisons qui se voulaient élégantes, construites selon la loi Loucheur (dont je ne sais rien). Désormais ce coin s'appelait Traon Quizac. Lanrédec était amputé.

J'ai bien connu Lanrédec. Et bien connu la famille Laurent Gélébart. Laurent était un grand costaud avec une voix grave. Dans les grandes occasions il portait le chapeau de paysan du Léon. Oui, mais un grand chapeau taupé, avec deux larges rubans de velours dans le dos tenus par une grande boucle en argent. A mes yeux de gosse, c'était un grand seigneur.

J'ai bien connu Madame Gélébart. Mais je l'ai connue, par mes parents, sous le nom de Fine Lescop.

J'ai le souvenir d'une femme toujours souriante, toujours gaie. Avec ses joues rondes et rouges comme deux pommes. Avec sa coiffe, petit bonnet serré sur ses cheveux bien tirés. Très accueillante, nous offrant souvent un verre de cidre (cidre tenu au frais dans le puits face à la porte d'entrée).

J'ai connu leur descendance mais mes souvenirs des aînés n'ont pas survécu. [...]

Souvenir très vivant au contraire de Jo et de Gilles. Ce sont eux qui m'ont fait goûter mes premières châtaignes (sans jeu de mot !!) et qui m'ont appris à ouvrir les baugues d'un écrasement du pied sous le châtaignier à la sortie de Lanrédec vers les "Forts".

[...]

Gilles, prisonnier et s'évadant, c'est tout naturel de sa part. S'évadant dans une ambulance militaire allemande, c'est bien de Gilles Gélébart ! Cette prouesse aurait bien pu figurer dans "la Grande Vadrouille". Toutefois, le public incrédule aurait dit: "ce n'est que du cinéma". Mais non, c'est du vécu, c'est du Gilles Gélébart. Bravo !!

[...]

En 1930, à Lanrédec, on parlait couramment le breton. Aux alentours aussi. D'où sort donc ce cartographe qui appelle ce coin de paradis La Rhédic !!![...]



lanredec<arobas>free.fr

http://lanredec.free.fr


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