La cornemuse irlandaise a plus de ressemblances avec la musette de cour qu'avec la grande cornemuse des highlands:
En plus d'une poche et d'un chalumeau qu'elle partage avec toutes les cornemuses, elle comporte:
un soufflet , actionné par le coude (d'où le nom de l'instrument: uilleann est le génitif de uille qui signifie coude), qui permet de gonfler la poche avec de l'air sec.
des bourdons, en général au nombre de 3 qui sonnent respectivement à l'unisson (ténor), une octave au dessous (baryton), et deux octaves au dessous (basse) de la note la plus basse du chalumeau; mon instrument a également un 4ème bourdon qui sonne au choix la quinte ou la quarte entre le ténor et le baryton.
des régulateurs, en général au nombre de 3 qui sont des sortes de chalumeaux supplémentaires, pourvus de clés actionnées par le poignet, et qui permettent d'ajouter un accompagnement rythmique, ou harmonique, ou une ligne de basse.
Le chalumeau de la cornemuse irlandaise a la particularité rare de pouvoir jouer sur une étendue d'environ 2 octaves (de 11 notes pour les plus mauvais instruments à 16 pour un bon instrument ,bien anché, pendant une météo favorable).

Autrefois la cornemuse irlandaise et la cornemuse écossaise étaient un seul et même instrument, qui ressemblait à la cornemuse écossaise actuelle avec un seul puis deux bourdons. A l'époque de Cromwell (?) la cornemuse fut interdite pour différentes raisons dont le répertoire trop nationaliste et l'utilisation traditionnelle d'accompagnement des "terroristes" (comme on appelle les résistants sous tous les régimes totalitaires ou impérialistes).
Pour la remplacer les irlandais conçurent un nouvel instrument sur la base de la cornemuse pastorale, qui ressemblait à l'actuelle cornemuse du Northumberland. Les régulateurs furent introduits au tout début du XIXème siècle, et ce n'est qu'au XXème siècle que l'instrument se standardisa quelque peu.
Tant que la cornemuse irlandaise resta un instrument limité à l'Irlande, son volume sonore resta faible, sa tonalité plutôt grave (entre si bémol et do dièse), et sans lien avec le diapason (l'instrument de Jimmy OBrien-Moran est accordé à peu près exactement à mi chemin entre si et si bémol). Avec la grande vague d'émigration aux Etats-Unis, un nouveau besoin se fit sentir de sonoriser des salles de concert ou de danse. Différentes solutions furent testées dont des chalumeaux à perce multiple, et surtout l'utilisation d'une perce plus large associée à une tonalité plus aigüe (ré) correspondant à celle des autres instruments qui entraient alors dans la pratique des musiciens traditionnels.
Aujourd'hui c'est cet instrument accordé en ré, dit "concert pitch", plus précisément un instrument fabriqué sur le modèle des instruments réalisés par Léo Rowsome, qui constitue la grosse majorité des cornemuses irlandaises qu'on peut rencontrer, même si les puristes préfèrent les "flat sets" au son plus doux, plus faciles à jouer, à fabriquer et à ancher.