traduit à partir de neweconomics.org/publications/reboot-for-a-new-economy-how-did-we-get-here) par Michel Roudot

Re-bootons pour une nouvelle économie

Comment en sommes-nous arrivés là ?

La crise économique expliquée

Nous sommes dans la deuxième phase d'une crise économique qui est globale dans son ampleur et sa portée, affectant toutes nos principales institutions et nos façons de penser établies. Comment en sommes-nous arrivés là ? Et que pouvons-nous faire maintenant pour empêcher le crash économique mondial ?

Phase 1 : La crise financière de 2008

Le crash économique actuel est la suite de la crise financière de 2008, quand la faillite de Lehman Brothers (alors la troisième banque d'investissement au monde) a failli écrouler l'ensemble du système financier.

Les banques avaient passé la décennie précédente à alimenter le boom de crédit avec des prêts de plus en plus risqués. Elles étaient persuadées pouvoir gérer ces risques, ce qui a encouragé de nouvelles prises de risques. Le résultat a été que les créances irrécouvrables se sont empilées sur d'autres créances irrécouvrables dans les bilans bancaires, cachées par des produits financiers de plus en plus complexes.

La confiance dans l'ensemble du système a chancelé quand ceux qui étaient en bas de l'empilement de dettes - les détenteurs de prêt hypothécaire à haut risque des USA - ont commencé à faire défaut. Lehman Brothers s'est effondré, et comme il était si gros, sa chute a menacé le reste du système financier. La réponse des gouvernements a été d'utiliser leur propre capacité d'emprunt pour soutenir les banques. La Banque d'Angleterre estime que le coût total de renflouement du système financier britannique a été de 1300 milliards de livres, plus de dix fois le budget total du système national de santé.

La phase 2 : La crise de la dette publique

La crise immédiate a été stoppéee, mais pas résolue. Les institutions financières privées ont été sauvées de l'effondrement. Le coût d'empêcher leur effondrementement a été une augmentation de la dette publique. L'augmentation de l'endettement public n'a aucun rapport avec un excès de dépenses publiques. C'est le résultat direct de la crise financière de 2008.

Mais les états, aussi, peuvent faire défaut sur leurs dettes. Le risque de ceci augmente quand les économies sont faibles, car elles ne peuvent pas trouver par la taxation les fonds nécessaires pour rembourser la dette. Et partout dans le vieux monde développé, en Amérique du Nord et en Europe, les économies sont faibles.

Les dettes nationales sont détenues par le système bancaire. Le défaut souverain menace donc des banques. C'est la phase de la crise dans laquelle nous sommes maintenant entrés. Une crise financière a été transformée en une crise de la dette souveraine par des renflouements et une récession qui a diminué les recettes fiscales et augmenté la facture des allocations sociales. Cette crise de la dette souveraine est maintenant en train de fuire dans le système financier qui l'a créée. L'écroulement financier menace de nouveaux renflouements. Les crises des dettes publique et privée sont entrelacées.

La crise de la dette souveraine est plus aiguë dans la Zone Euro à cause de la façon dont fonctionne la monnaie unique. L'euro, depuis qu'il a été créé en 1999, a subi des déséquilibres chroniques. Chaque pays, à son entrée, a fixé son taux de change avec les autres membres de l'euroland. Au cours de la décennie, l'Europe du Nord et l'Allemagne en particulier a réduit les revenus vrais, réduisant les coûts pour ses exportateurs. Mais les taux de change fixes ont impliqué que les autres pays ne pouvaient pas dévaluer pour rivaliser. Les exportations du nord sont devenues bon marché pour le sud. De gros surplus commerciaux (où un pays exporte plus qu'il n'importe) se sont développés au nord, particulièrement en Allemagne. Ceux-ci correspondent à de gros déficits commerciaux (où les importations excèdent les exportations) au sud. Et les recettes d'exportation ont été recyclées, par les banques européennes, sous forme de dette qui est revenue directement au sud. Cela leur a permis de continuer à acheter en provenance du nord. Les excédents et les économies d'un côté ont correspondus à des déficits et des dettes de l'autre.

Ce système déséquilibré a volé en éclats avec les événements de 2008. Les pays déjà endettés du sud ont été soudainement surchargés par de nouvelles dettes. La Grèce n'a pu supporter la contrainte. Sa dette souveraine est maintenant impayable, avec une prévision de paiement des seuls intérêts atteignant 15 pour cent du PIB l'année prochaine. Elle ne peut que faire défaut.

Les banques européennes détiennent la dette souveraine européenne. Les banques françaises et allemandes ont environ 69 pour cent de la dette grecque détenue à l'étranger. Un défaut sale menace d'une calamité financière, mais les créanciers de la Grèce n'arrivent pas encore à se mettre d'accord sur la façon de gérer le processus. Et pourtant le défaut est inévitable pour la Grèce et une menace crédible ailleurs. Cette menace gèle les marchés financiers. Le système est acculé à l'impasse.

Le résultat : Austérité et stagnation

Les gouvernements à travers le monde développé n'ont pas été capables de sortir de l'impasse. Au lieu de cela ils ont opté pour l'austérité, taillant dans les dépenses publiques et espérant que les dettes puissent être remboursées rapidement. Mais l'austérité paralyse la croissance économique. Quand les réductions de dépenses se font sentir, les entreprises vendent moins de marchandises et de services. Ils réduisent les salaires et licencient. L'activité économique gèle, comme le découvrent l'Irlande, la Grèce et maintenant le Royaume-Uni. L'austérité favorise les actifs financiers au détriment de l'activité économique vraie. Cela va à l'encontre du but recherché, mais les gouvernements y sont poussés.

La décrépitude lente des économies développées menace maintenant les nouveaux centres de croissance rapide. La Chine, qui avait traversé sans dommage la crise financière précédente, est maintenant menacée de récession, ses commandes déclinant en raison de la stagnation de ses principaux marchés à l'export. Comme le montre l'expérience japonaise, la stagnation, contrainte par la dette, peut durer pendant des décennies. Une récession authentiquement globale est possible.

Re-boot de l'économie

Le vieux système est irréparable. Un nouveau modèle économique est nécessaire. Il ne peut y avoir aucun retour à la vieille économie, alimentée par la dette - et par le carbone. De nouvelles façon de penser l'économie sont instamment nécessaires, qui défient la primauté des marchés financiers et de la croissance alimentée par la dette. Il est temps de :

Même si la croissance revient, nous ne pouvons pas retourner aux vieilles méthodes. Une nouvelle économie soutenable doit être construite sans la dépendance chronique à la dette ni au carbone.

Plus sur l'alternative économique sur : www.neweconomics.org/reboot

Publié par nef (the new economics foundation), 2012.
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