La création d'argent par les banques

Ce texte a été écrit deux ans avant la crise de 2008. Je n'ai rien eu à y changer.

Depuis j'ai découvert le site Faux-Monnayeurs qui explique tout cela (principes et conséquences désastreuses) de façon plus détaillée, tant par des articles des plus grands économistes que par des articles de vulgarisation.

Première étape

Quand votre employeur vous paie, vous pensez avoir de l'argent sur votre compte. En réalité la banque sait bien que vous mettrez un mois à le dépenser entièrement. Entre temps elle sait qu'elle peut en disposer sans que vous ne vous en rendiez compte.

Deuxième étape

Quand vous achetez une télé à un commerçant qui est à la même banque que vous, c'est très agréable pour la banque. Même si elle a déjà utilisé votre argent à autre chose, une simple écriture dans un registre et le tour est joué, elle n'a besoin de rembourser personne.

Troisième étape

Si votre commerçant n'est pas à la même banque que vous, il est quand même possible que quelqu'un qui est à la même banque que votre commerçant aille acheter quelque chose à un commerçant qui est à la même banque que vous, et que les deux transactions se compensent. En fait, en généralisant, on peut dire que chaque jour le montant total de ce qui est payé par des clients de votre banque est à peu près égal au montant total de ce qui est payé à des clients de votre banque. Celle n'a donc besoin de rembourser qu'une différence minime (si toutefois elle est dans le mauvais sens).

Quatrième étape

Comme le montant total de ce qui est déboursé par tous les clients de toutes les banques est égal au montant total de ce qui est encaissé par tous les clients de toutes les banques, ce qui manque à une banque est disponible dans une autre. Et comme d'un jour à l'autre celle qui manque et celle qui a de trop changent aléatoirement, elles ont intérêt à s'entendre. Donc même pour cette différence minuscule, une simple écriture dans un registre va suffire.

Conclusion provisoire

La totalité de l'argent déposé dans les banques est à l'entière disposition de ces banques, sans qu'elles aient jamais à le présenter aux déposants.

Que vont elles en faire ?

Le prêter. Ou plutôt vendre le droit de l'utiliser.

Cinquième étape

En remettant sur le marché l'argent de ses clients, qui circule déjà dans l'économie, même si c'est de manière virtuelle, la banque double la quantité d'argent qui circule.

Sixième étape

En fait, et pour les mêmes raisons, les prêts consentis sont aussi virtuels que les paiements au comptant. La banque ne débourse rien et peut sans problème prêter plusieurs fois le même argent. Et elle y a tout intérêt (c'est le cas de le dire).

Deuxième conclusion

La quantité d'argent qui circule dans l'économie est très supérieure à la quantité d'argent émise par les états. La différence est de l'argent créé ex nihilo par des écritures bancaires. En fait, la plus grande part, de très loin, de la monnaie en circulation est issue du crédit.

Septième étape

Quand elle prête, la banque ne se contente pas de réclamer le remboursement de la fausse monnaie prêtée. Elle veut être rémunérée pour ce "service". Or si la monnaie en circulation vient essentiellement du crédit, ces intérêts ne peuvent provenir que d'un autre emprunt ... qui devra lui aussi être remboursé avec intérêts, qui ne pourront eux aussi provenir que d'un nouvel emprunt, et ainsi de suite.

Qu'est ce que l'argent ?

A l'origine du papier monnaie c'était la reconnaissance d'un dépôt d'or. Quelqu'un un jour a émis un billet qui donnait le droit de venir lui réclamer tant de grammes d'or. Ce billet pouvait servir d'argent parce que tout le monde avait confiance dans le fait qu'il existait ultimement quelqu'un capable de (et disposé à) rembourser sa valeur.

La suppression de l'équivalence en or et la dématérialisation n'ont rien changé sur le fond. L'argent ne vaut que par la confiance dans le fait qu'il existe quelqu'un capable de (et disposé à) rembourser sa valeur. Quand une banque crée de l'argent par un simple artifice d'écriture, s'engage-t-elle à pouvoir donner en échange de ce pseudo-argent une certaine quantité de biens (ou même de billets) ? Sans doute si un client le lui demande (c'est à dire si le coût du risque de perte de confiance est supérieur au coût de l'argent dont la matérialisation est réclamée). Certainement pas plus qu'un autre faux monnayeur si une fraction significative, même relativement faible, de ses clients le réclamait.

Les conséquences

Elles sont sous nos yeux.

L'endettement croît au point qu'après les états, ce sont maintenant les particuliers qui endettent leurs propres enfants. Le crédit sert à rembourser le crédit. L'équilibre de l'économie est suspendu à sa croissance, c'est à dire à son déséquilibre *: l'équilibre de la bicyclette ne tient plus à sa vitesse mais à son accélération. Qu'elle cesse d'accélérer, elle tombe, qu'elle continue toujours plus vite et quelque chose finira par céder. La providence fasse que ce soit le plus tôt possible, c'est à dire à la vitesse la plus faible possible.

Les solutions

Il n'y a pas de solution indolore. Il n'y a que des solutions moins douloureuses que la catastrophe finale. Pour compléter la fameuse analogie d'Einstein, "la vie c'est comme la bicyclette", quand il est trop tard pour freiner, on n'a le choix qu'entre tomber avant le bord de la falaise et tomber par dessus le bord.

La solution alors ? Supprimer la circulation d'argent virtuel.

Le seul argent légitime est celui qui a une contre-valeur concrète garantie par celui qui l'a émis.

 


*: le fait que le PDG d'une des cinq plus grosses compagnies d'un secteur économique saturé exprime sa confiance en déclarant que sa compagnie peut rester viable si elle reprend une croissance rapide suffit semble suffire à rassurer ses actionnaires et ne poser de problème à aucun analyste.

Épilogue

Depuis la rédaction de ce texte, la plus grave crise financière de l'histoire a éclaté. Les États se sont endettés à un niveau jamais vu, ni même imaginé, pour sauvegarder un système pourri jusqu'à la moëlle. Dès qu'elles ont été sauvées de la noyade les banques ont recommencé avec une ardeur décuplée à mettre en oeuvre les recettes qui ont conduit à la crise. Et de mon côté je suis tombé sur un site entièrement consacré à ce que j'écrivais en une ligne ci-dessus dans "les solutions"