traduit à partir de http://dieoff.org/page121.htm, par Michel Roudot

Un Résumé de "Une Expression Générale de la Tragédie des Communaux d'Hardin"

Bien que la "Tragédie des Communaux" soit largement saluée, les activistes des causes environnementales comme les professionnels de l'éthique continuent à agir comme si l'essai n'avait jamais été écrit. Ils ignorent la thèse centrale selon laquelle la pensée morale traditionnelle et a-priori est erronée et doit être abandonnée. Il s'en suit qu'il reste à donner à la tragédie des communaux une expression plus générale - une expression qui peut convaincre un large public de la justesse de sa méthode et de ses principes. Dans l'essence l'essai d'Hardin est une expérience de pensée. Son but n'est pas de faire une évaluation historique, mais plutôt de mettre en évidence que des conséquences tragiques peuvent découler de la mise en oeuvre de théories morales erronées. Puis il propose une morale sensible au système, qui peut éviter la tragédie. L'expression générale de la tragédie des communaux démontre qu'une morale a-priori construite sur des principes moraux humano-centrés, et une définition égale de la justice ne peuvent pas empêcher et soutiennent en fait toujours la croissance de la population et de la consommation. Une telle croissance, bien qu'elle ne soit pas inévitable, est une menace constante. Si une croissance continuelle se produisait, elle finirait par causer l'effondrement des écosystèmes qui supportent la civilisation. Il s'ensuit que toute morale viable doit satisfaire ces pré-requis interdépendants :

  1. Un système moral acceptable est contingent à sa capacité à préserver les écosystèmes qui le supportent.

  2. La nécessité biologique a un droit de veto sur le comportement que tout ensemble de croyances morales peut permettre ou exiger.

  3. Le succès biologique est une condition nécessaire (mais non suffisante) pour toute théorie morale acceptable. En résumé, aucune morale ne peut être fondée sur une impossibilité biologique; aucune morale ne peut être incohérente en exigeant un comportement moral qui interdit tout comportement moral ultérieur. Clairement toute morale qui essaye de le faire se trompe ; elle est mauvaise.

Le 26 février 1997
Herschel Elliott
Emeritus Philosophy
University of Florida
Gainesville, FL 32611l


Une Expression Générale de la Tragédie des Communaux

Par Herschel Elliot

Presque tout le monde reconnaît que nous devons préserver notre héritage national - nos parcs et terres sauvages, nos fermes, nos zones humides et forêts. Et peu osent douter qu'une justice égale et des droits de l'homme universels soient les axiomes essentiels de la moralité. Simultanément les gens acceptent la nécessité de protéger l'environnement et ils admettent aussi l'obligation morale que chaque être humain a un droit égal à la santé, à l'éducation et à l'emploi, indépendamment d'où une personne est née ou d'où cette personne fuit la privation ou la persécution. Pour satisfaire ces demandes cela devient une nécessité morale de créer plus d'emplois, de construire plus de logements, d'étendre les infrastructures, de produire plus de nourriture et d'eau et de fournir plus d'assainissement, de services médicaux et d'équipements éducatifs. Le seul problème est que le succès dans la réalisation de ces buts dignes est possible seulement dans un monde infini où aucun conflit ne surgit jamais automatiquement entre les besoins individuels, sociétaux et environnementaux.

Seuls des penseurs bornés et confus, cependant, peuvent feindre de croire que le monde est infini. L'illusion de son infinitude les aveugle au fait que toute activité humaine doit se dérouler dans l'intervalle étroit d'utilisation des ressource que la Terre peut supporter. Les implications morales de la finitude de la Terre sont mises en évidence dans un des grands essais mondiaux.

L'auteur conduit une expérience de pensée apparemment simple dans laquelle il prouve que toute éthique est erronée si elle permet à une population en croissance constante d'augmenter son exploitation de l'écosystème qui la supporte. Une telle éthique est incohérente parce qu'elle conduit à la destruction des ressources biologiques dont dépend la survie; elle laisse les gens agir de manières qui rendent tout comportement moral ultérieur impossible. L'essai dans lequel ce défaut fondamental dans la pensée morale occidentale moderne est démontré est la "Tragédie des Communaux" de Garrett Hardin (1968).

Les activistes des causes environnementales comme les professionnels de l'éthique ont longtemps applaudi l'essai d'Hardin. Mais ils continuent ensuite à ignorer sa thèse centrale. Ils acceptent les buts environnementaux et ensuite, agissant comme si l'essai n'avait jamais été écrit, recommandent un comportement qui causera l'effondrement des Communaux environnementaux. Par conséquent la réfutation par Hardin de la pensée morale traditionnelle semble toujours ne pas être comprise. Et le besoin reste de donner à la tragédie des communaux une expression plus générale - une expression qui peut clarifier son caractère révolutionnaire, une expression qui peut convaincre un large public de la justesse de sa méthode et de ses principes.

Hardin lui-même a parfaitement compris la difficulté de sa tâche. Dans la préface de Explorer une Nouvelle Éthique pour la Survie (1972), il écrit, Depuis trop longtemps nous avons supposé que la technique résoudrait le "problème de la population." Elle ne le fera pas. Je suis pour la première fois devenu entièrement conscient de cette dure vérité quand j'ai écrit mon essai "La Tragédie des Communaux,"... Je n'ai jamais trouvé quoi que ce soit de si difficile à mettre en forme. J'en ai écrit au moins sept versions significativement différentes avant d'être satisfait de celle-ci, ... Il était évident que la résistance interne à ce que je me trouvais dire moi-même était énorme. En tant que scientifique je voulais trouver une solution scientifique; mais la raison m'a inexorablement mené à conclure que le problème de la population n'était pas possible à résoudre sans répudier certaines croyances morales et changer certaines des dispositions politiques et économiques de la société contemporaine (Hardin, 1972, p. ix).

Et un peu plus loin dans la même préface, il ajoute, Quand je me suis mis à assurer les bases logiques de mon argumentation j'ai été conduit... à aller de plus en plus loin en arrière tant dans le temps que dans la logique pour rendre claire la structure de l'argumentation. Ce livre en est le résultat (Hardin, 1972, p. X).

Je crois, cependant, que l'essai de Hardin exige non seulement la "répudiation" de certaines croyances morales mais exige aussi le rejet de l'ensemble du paradigme sur lequel est basée la pensée morale et politique du monde occidental. En montrant que la preuve factuelle peut réfuter les systèmes de croyance morale, la tragédie des communaux répudie la méthode a-priori qui a longtemps été utilisée pour justifier les principes et obligations moraux. Implicitement il répudie la distinction purement linguistique entre la valeur et le fait, c'est-à-dire qu'il nie que les affirmations de valeur et les affirmations factuelles appartiennent à des domaines si distinctement différents qu'elles ne peuvent pas interagir. Il nie aussi que les droits de l'homme sont universels et que des lois et principes moraux spécifiques s'imposent inconditionnellement à toute l'humanité.

Spécifiquement, la tragédie des communaux démontre que tout comportement qui est moralement permis ou moralement requis est dépendant du système chaque fois qu'il implique l'utilisation de l'espace ou le transfert de matière ou d'énergie. C'est-à-dire qu'il est conditionné par la taille de la population humaine et la disponibilité des ressources substantielles.

L'expression plus générale qui suit de la tragédie des communaux de Hardin est divisée en cinq sections. Dans la première, la nature théorétique de l'argumentation de Hardin est soulignée. Dans la deuxième, on montre que plusieurs des pré-supposés originaux de Hardin sont restrictifs et inutiles. La troisième offre quatre prémisses générales qui semblent empiriquement certaines. La quatrième donne une expression générale des causes humaines de l'effondrement des communaux. Elle démontre la même contradiction intrinsèque entre ce qui bénéficie à l'individu ou à l'espèce humaine et ce qui est nécessaire au bien-être général. La cinquième partie concerne la théorie éthique. Elle montre que la première condition nécessaire d'un comportement moral acceptable est d'éviter la tragédie des communaux. Inévitablement, atteindre ce but exige une restriction holistique ou contraignante pour assurer que les gens ne manquent jamais de vivre à l'intérieur des limites étroites de l'utilisation de l'espace et des ressources que le biosystème terrestre peut supporter. Ainsi le premier devoir moral des gens est de vivre comme les membres responsables et soutenants de la communauté mondiale des êtres vivants.

Partie I : La Nature Théorique de la Tragédie des Communaux

Comme la tragédie des communaux est écrite en langage courant, les gens négligent sa nature théorique. Par erreur, je crois, certains critiques supposent que l'essai parle de communaux réels. De telles critiques, toutefois, sont complètement à côté du sujet présenté par Hardin. Ils confondent une preuve d'incohérence à l'intérieur d'un système de pensée avec une affirmation factuelle qu'ils considèrent fausse. Par contraste l'essai de Hardin peut être le mieux compris comme une expérience de pensée. Il prouve que les pré-supposés incontestés de la pensée éthique moderne s'auto-réfutent; en conséquence ils doivent être révisés ou rejetés.

En réalité l'argument innovateur de Hardin en éthique est analogue à l'expérience de pensée qu'Einstein a utilisée pour démontrer une contradiction dans l'ensemble des présupposés qui définissent la physique Newtonienne. Pour résoudre la contradiction Einstein a proposé la théorie de la relativité restreinte. Il faut bien noter que l'expérience de pensée d'Einstein ne peut pas être réfutée en montrant qu'il n'est pas possible de construire un train qui voyagerait sur une ligne droite Euclidienne à une vitesse proche de celle de la lumière. De la même façon l'expérience de Hardin ne peut pas être réfutée en montrant qu'aucun terrain communal ordinaire ne pourrait jamais exister sur lequel les villageois maximisent leur gain personnel en augmentant constamment la taille de leurs troupeaux - jusqu'à ce qu'ils détruisent les communaux qui les supportent. Dans les deux cas, l'expérience de pensée concerne seulement l'inconsistance d'un état de faits imaginaire mais possible. Ni l'un ni l'autre ne constitue une affirmation historique ou factuelle.

Précisément, l'expérience de pensée de Hardin avec des communaux imaginaires démontre la futilité - l'absurdité - d'une grande part de la pensée morale traditionnelle. Le triste destin des communaux imaginaires sur lesquels les gens font pâturer leurs troupeaux prouve que les principes moraux peuvent être réfutés par des faits - les conséquences induites quand les gens vivent selon ces principes. Il montre que si une quelconque morale rend avantageux pour des individus ou des groupes d'augmenter leur consommation des ressources des communaux biologiques tandis qu'elle oblige chacun à partager également les dégâts que ce comportement cause, alors la mort du tout - l'écosystème qui supporte ce comportement - est inévitable. De façon certaine une telle morale est absurde. Elle se réfute dans le sens où elle exige ou permet un comportement moral qui nie la possibilité d'un comportement moral ultérieur.

Partie II : Trois Présupposés qui Détournent l'Attention de la Thèse de Hardin

L'argument de Hardin est très important et est puissamment persuasif. Mais, je crois, il comporte quelques pré-supposés inutiles. Par exemple, son hypothèse d'individualisme et d'économie de marché et sa preuve de la nécessité d'une certaine forme de contrainte sociale permet à beaucoup de libéraux, humanistes, leaders religieux et défenseurs de la démocratie (dont les convictions morales et politiques jamais mises en cause ne tiennent aucun compte des principes biologiques ou des limites physiques) de rejeter sa thèse sans la comprendre. De même son souci de la surpopulation permet à certaines personnes de l'accuser de négliger les dégâts environnementaux causés par les nations riches et leur système gaspilleur de production et de consommation. En lui épinglant des épithètes comme "raciste", "élitiste", "égoïste égocentrique," "capitaliste," "fasciste" et "apologue de la propriété privée," ces critiques trouvent des excuses faciles pour négliger ce qui est inquiétant et révolutionnaire dans l'essai de Hardin. Les charges mal adressées permettent aux gens de négliger la thèse essentielle, à savoir, que des déterminants physiques et biologiques limitent l'éventail des options disponibles pour la vie morale et politique.

Trois pré-supposés me semblent être inutiles et restrictifs. Et ils ne sont pas essentiels à la thèse fondamentale de Hardin. Quand ils sont supprimés, on peut donner à son argumentation une expression plus générale, à savoir, que le comportement humain (qu'on pense qu'il est fondé sur l'intérêt personnel économique ou sur l'idéal moral traditionnel d'altruisme plein d'abnégation, sur le conservatisme ou le libéralisme, ou sur l'humanisme religieux ou laïc) incorpore des mécanismes intrinsèques de feed-back qui tendent à causer une croissance économique constante et une augmentation régulière de la population humaine.

Comme la croissance continue est impossible dans tout domaine fini, ils mènent tous à la tragédie des communaux.

Un premier pré-supposé restrictif est que la raison autorise des conclusions factuelles particulières sur le comportement humain. Elle implique, selon Hardin, que "En tant qu'être rationnel, chaque éleveur cherche à maximiser son gain" (Hardin, 1968, p. 1244). Par inférence immédiate, l'affirmation de Hardin peut être reformulée sous une forme logiquement équivalente : "Tout éleveur ou personne qui ne cherche pas à maximiser son gain (monétaire) est irrationnel." Mais clairement ce pré-supposé sur la nature de la raison est fausse : la raison ne peut produire aucune affirmation factuelle. En fait certaines personnes, qui raisonnent correctement, raisonnent à partir de prémisses différentes. Ils peuvent vouloir vivre simplement afin de satisfaire les besoins vitaux avec le moins d'effort et le moins d'impact destructeur sur l'environnement. Pour de telles personnes, la simplicité et la frugalité peuvent permettre une vie meilleure parce qu'elles offrent plus d'occasion de loisir, d'activité culturelle ou sociale et de développement intellectuel. De tels individus peuvent avoir aucun souci ou intérêt à maximiser leur gain matériel. Non! On ne peut pas supposer, comme le fait Hardin, que la raison pousse les individus raisonnables à chercher quelque but factuel spécifique que ce soit.

Un autre pré-supposé restrictif est que l'intérêt personnel individuel s'identifie avec certaines conventions modernes sur la propriété privée, la liberté individuelle et l'utilité de maximiser la richesse dans une économie de marché. Notez les termes de Hardin : Explicitement ou implicitement, plus ou moins consciemment, il (chaque éleveur) demande, "Quelle est l'utilité pour moi d'ajouter encore une bête à mon troupeau ?"

Chaque homme est enfermé dans un système qui le contraint à augmenter sans limite son troupeau - dans un monde qui est limité. La ruine est la destination vers laquelle se ruent tous les hommes, chacun poursuivant son meilleur intérêt personnel dans une société qui croit à la liberté des communaux. La liberté dans des communaux apporte la ruine à tout (Hardin, 1968, p.1244).

Clairement Hardin prouve que quand les gens dans n'importe quel biosystème fini acceptent l'idéal économique moderne d'augmenter constamment leur richesse et leur consommation, un effondremement des communaux qui les supporte est inévitable.

Mais la preuve de Hardin s'applique seulement à un cas particulier. Dans ce passage, il lie trop étroitement le comportement individuel avec le mode de vie qu'on rencontre dans les sociétés industrialisées modernes. C'est-à-dire qu'il suppose que le comportement humain est déterminé par un pré-supposé généralement incontestée, à savoir, que le but de tous les individus est d'améliorer la qualité de leur vie en augmentant constamment leur richesse et leur consommation de marchandises et de services dans une économie de marché.

Les tragédies des communaux, cependant, peuvent avoir des causes plus générales. La tragédie essentielle n'est pas que l'intérêt personnel des individus les pousse continuellement à augmenter leur utilisation des ressources matérielles dans des communaux. C'est plutôt que si n'importe quels individus ou sociétés - indépendamment des causes ou des idéaux que les pilotent - venaient à constamment augmenter leur exploitation de l'écosystème fini qui les supporte, alors ce système finira par s'effondrer. Et l'effondrement apportera la tragédie aux individus ou à la population incriminés.

En bref, la tragédie n'est logiquement dépendante que de la supposition qu'il y a une croissance continue de l'utilisation de l'espace ou des ressources dans n'importe quel écosystème fini; elle ne dépend pas logiquement des conventions d'un quelconque système politique et économique.

Un troisième pré-supposé restrictif limite la tragédie des communaux aux problèmes causés par la liberté sans restriction de se multiplier. Certainement, une réduction rapide et drastique de la taille de la population humaine actuelle est le problème moral le plus difficile auquel le monde fait face aujourd'hui. Certainement, "l'aspect le plus important de la nécessité que nous devons maintenant reconnaître est la nécessité d'abandonner les communaux dans le domaine de la reproduction" (Hardin, 1968, p.1248). En fait une réduction rapide de la fertilité est une nécessité biologique immédiate pour les deux ou trois milliards de personnes qui vivent dans les nations les plus pauvres du monde.

Cependant, le cours des événements vers la tragédie biologique est aussi poussé par la consommation excessive des nations industrialisées riches. À cause de leur énorme appétit croissant pour les objets de luxe et les voyages, pour les logements spacieux et l'épicerie fine et pour les activités de loisir et de divertissement qui ont un coût énergétique et environnemental élevé, les citoyens des nations industriellement puissantes représentent la plus grande part de l'exploitation destructive de la terre et des ressources biologiques qui se produit dans chaque coin du globe.

Néanmoins, la contribution des nations riches à la pollution pourrait bientôt être largement dépassée par les petits incréments constants dans le niveau de vie de populations aussi énormes que celles de l'Inde et de la Chine. En tout cas, quand elle est poussée par les besoins d'une population mondiale en croissance rapide en combinaison ou pas avec les exigences d'une économie de consommation orientée vers la croissance, une augmentation constante de l'exploitation des ressources limitées de la Terre ne peut qu'aggraver les contraintes déjà appliquées aux écosystèmes terrestres. Le point final vers lequel tend ce processus est une perte rapide de la capacité de la Terre à supporter la société humaine sous sa forme actuelle.

Partie III : Quatre prémisses Générales qui Entraînent la Tragédie des Communaux

Les conditions qui forcent l'effondrement des écosystèmes ne nécessitent ni suppositions sur la nature de la raison, ni sur la maximisation du gain personnel dans une économie de marché, ni sur la fertilité excessive. Si ces pré-supposés sont abandonnés et remplacés par quatre autres plus généraux, l'argument de Hardin peut être renforcé. Alors les préjugés et la capacité de rationaliser ne pourront jamais donner une excuse facile pour rejeter les conclusions de l'expérience de pensée cruciale de Hardin. Les prémisses plus générales semblent factuellement certaines et pourtant elles impliquent, tout aussi inexorablement, la tragédie des communaux. Ce sont :

  1. La Terre est finie : il a un capital limité de carburants, minéraux et ressources biologiques renouvelables, un débit limitée d'énergie solaire et un puits fini pour traiter des déchets.

  2. Bien que les activités humaines aient très souvent lieu sur des espaces privés qui ne sont pas des communaux, celles-ci et toutes les autres activités humaines se passent dans des communaux naturels englobants. Et ces communaux plus grands sont un biosystème limité qui est dans un équilibre dynamique, compétitif et constamment en évolution. L'équilibre d'un écosystème peut habituellement s'accommoder de toute activité de la part de ses membres tant que cette activité est limitée en quantité et-ou est pratiquée seulement par une petite population. Mais une croissance continue dans la population de n'importe quel organisme ou dans son exploitation de l'espace et des ressources finira par excéder la capacité de l'écosystème à supporter cet organisme.

  3. Maintenant pour la première fois à l'échelle mondiale les humains excèdent l'utilisation d'espace et de ressource que le biosystème de la Terre peut supporter.

  4. Il est certainement vrai, comme l'a noté Hardin, que les individus qui cherchent à maximiser leur consommation matérielle contribuent à l'exploitation toujours croissante des communaux mondiaux. Mais il est aussi vrai que tout ceux qui suivent les principes rarement mis en doute de la morale humanitaire - de sauver toutes les vies humaines, de soulager toute la misère humaine, d'empêcher et guérir les maladies, d'encourager des droits de l'homme universels et d'assurer une égale justice et des chances égales pour tous - le font aussi.

Ainsi solidairement et en conjonction, les gens - des individualistes les plus égoïstes qui cherchent à maximiser leur richesse personnelle aux altruistes les plus pleins d'abnégation qui consacrent leur vie à l'élimination de l'inégalité, de l'injustice et de la souffrance humaine - tous travaillent ensemble à priver de plus d'espace, d'eau, de carburants et de ressources biologiques tous les autres êtres vivants. Bref, tous les principes qui conduisent actuellement l'activité humaine augmentent régulièrement l'exploitation destructrice des ressources biologiques terrestres.

Partie IV : L'Expression Générale de la Tragédie des Communaux

Maintenant, pour la première fois dans l'histoire du monde, une espèce unique - l'homme - a développé les moyens techniques et économiques d'exploiter les ressources de tous les écosystèmes terrestres à la fois. Les êtres humains peuvent observer la destruction graduelle par simplification du biosystème terrestre. Quelques signes indicateurs de ce processus mondial apparaissent comme le déboisement, la désertification, la pollution, le changement climatique et l'extinction rapide des espèces. D'autres apparaissent comme les pénuries de terre, d'eau et de ressources biologiques. Dans le monde entier, la pénurie chasse les gens de la campagne et des régions et pays qui ne peuvent plus les supporter. Certains constituent le flux de réfugiés politiques ou économiques. D'autres migrent dans les villes où ils causent l'expansion urbaine et une insoluble pénurie d'emplois, d'assainissement, de logement et des infrastructures nécessaires. Même maintenant dans les mégalopoles mondiales, diverses formes de contrôle naturel travaillent à réduire la taille de la population humaine et ses exigences environnementales excessives. Elles incluent la négligence parentale, la maladie, le chômage, le désespoir, l'abus de drogue, la violence gratuite, la famine, les conflits ethniques, le terrorisme et la guerre. Cette sorte d'évidence empirique conforte la généralisation que l'humanité met maintenant sous pression les écosystèmes mondiaux.

Soutenu par les doctrines morales a-priori, centrées sur l'homme, des religions monothéistes, tout ce qui oriente le comportement humain - traditions culturelles et légales, déterminants génétiques, l'économie de marché, et les exigences matérielles de la production industrielle - tout cela se renforce mutuellement pour produire une croissance constante de la population et de la consommation. En fait quand les gens dans le monde entier vaquent aux affaires de leur vie quotidienne, ils exigent plus d'espace, de carburant, d'eau, de bois et de nourriture. Il est possible, cependant, que des changements significatifs puissent être faits dans le complexe de causes qui dirigent actuellement l'activité humaine pour mettre fin à la croissance constante de la population et à l'augmentation constante de la production et de la consommation de marchandises et de services. Néanmoins, si des forces causales appropriées ne peuvent pas être trouvées pour maintenir les exigences environnementales humaines dans un équilibre durable, alors la destruction pas à pas des écosystèmes terrestres restera la caractéristique persistante - et finalement tragique - de l'activité humaine.

Les écosystèmes ont leur structure dynamique propre. Les mécanismes de rétro-action ont évolué pour maintenir leur stabilité. Par exemple, une espèce peut devenir dominante et s'approprier la plus grande partie de l'espace et des ressources biologiques dans un certain écosystème. Et la croissance continue peut n'avoir aucun effet déstabilisateur pendant quelque temps. Mais comme de plus en plus de la richesse biologique du système est concentrée dans les corps et les artefacts d'une espèce exubérante, d'autre espèce développent les moyens d'utiliser cette abondante source de nourriture. Alors comme les prédateurs nouvellement adaptés augmentent en nombre, ils réduisent la population de l'espèce prolifique. Si, cependant, ces contrôles échouent, à un certain point la croissance continue de tout organisme commencera à mettre sous pression l'écosystème qui supporte cet organisme. Finalement le stress complémentaire de la croissance continue provoquera l'effondrement du système, soudainement et apparemment sans avertissement. La nature contrôle toute espèce exubérante soit en réduisant drastiquement sa population soit par son extinction.

Cette séquence d'événements biologiques est d'une importance décisive pour l'éthique. Elle prouve que les deux théories morales opposées qui rivalisent actuellement pour l'acceptation conduisent toutes deux à la tragédie. Tant une morale fondée sur un individualisme égocentrique qu'une morale qui se fonde sur le besoin d'un altruisme plein d'abnégation ont les mêmes défauts inhérents. Les deux ont intrinsèquement des mécanismes de rétro-actions positive qui causent une augmentation régulière de l'exploitation humaine des ressources biologiques terrestres. Toutes ces exigences matérielles, cependant, sont contraintes par l'utilisation de ressources limitées que le biosystème peut supporter. Excéder cette capacité de charge causera l'effondrement du système dans un état plus simple qui est incapable de supporter la civilisation sous sa forme actuelle et peut-être aussi la plupart des formes complexes de vie mammaliennes. C'est la tragédie qui attend l'humanité, si les gens ne commencent pas à vivre comme des membres responsables du système terrestre des formes de vie qui se soutiennent mutuellement.

Partie V : Restriction Délibérée comme Nécessité Morale

Hardin a correctement noté que la nature a inventé les moyens par lesquels "comparer les incommensurables," c'est-à-dire résoudre les besoins et intérêts contradictoires de toute les diverses formes de vie terrestres. Par exemple, la sélection naturelle a permis à certains animaux de trouver leur niche en ayant une vie courte, mais très prolifique. D'autres rivalisent en étant grands, d'une grande longévité et très protecteurs de leurs rares rejetons.

La nature contrôle aussi la fertilité des parents prolifiques et irresponsables en laissant leurs rejetons en excès mourir de négligence, de maladie, ou de famine. De plus, la population excédentaire d'espèces exubérantes est refrénée en permettant à une expansion algale de causer une récession algale. Mais les moyens par lesquels la nature oblige ses formes de vie à vivre dans ses limites seraient inutiles dans les affaires humaines si les gens utilisaient d'autres moyens pour atteindre les restrictions que la nature exige.

Cependant, éviter la contrainte cruelle de la nature ne peut pas être obtenu comme par miracle ou accident. De l'avis de tous, les tendances qui supportent la croissance illimitée et qui sont innés dans les modèles de comportement humain ne produisent pas inévitablement de croissance. Mais elles le feront si des causes opposées ne peuvent prédominer. Par analogie, les tendances à la croissance sont comme une fenêtre un jour froid d'hiver. Une température ambiante confortable ne peut pas être maintenue en ouvrant plus de fenêtres et de portes à l'air froid de l'extérieur. À moins que plus de combustible ne soit ajouté au feu ou à moins que du verre ne piège la chaleur du soleil à l'intérieur, la pièce se refroidira. De la même façon on ne peut pas contrer la croissance constante par plus de ce qui a causé la croissance en premier lieu. Pour éviter la contrainte cruelle de la nature, la société doit découvrir les commandes qui sont garanties empiriquement par leur capacité à empêcher la croissance de la population et à arrêter la destruction du biosystème terrestre par des augmentations régulières de l'exploitation des ressources biologiques.

Apprendre les moyens efficaces pour contrôler la croissance exige l'abandon d'importantes idées fausses causales.

  1. Les gens doivent rejeter la doctrine selon laquelle le comportement moral peut être justifié par une pensée a priori qui ne demande aucune connaissance des causes de la croissance et aucune connaissance de ses conséquences écologiques.

  2. Les gens doivent renoncer à l'idée fausse qu'encore plus de croissance économique et une consommation toujours plus grande causeront une transition démographique dans laquelle la population humaine deviendra stable à des niveaux écologiquement durables automatiquement et sans douleur.

  3. Ils doivent reconnaître que les obligations morales de remplir tous les besoins humains essentiels ne peuvent jamais faire diminuer ces besoins et ne peuvent jamais faire les gens arrêter leur exploitation destructrice de l'environnement.

  4. Ils doivent rejeter la notion qu'exhorter les gens à protéger volontairement l'environnement et à réduire leur fertilité sont des moyens empiriquement efficaces pour accomplir ces buts moralement nécessaires.

  5. Ils doivent se détromper de la conviction que, dans les conditions d'une population régulièrement croissante, la mise en oeuvre du système moral actuellement accepté - défini par ses idéaux centrés sur l'homme, ses principes inconditionnels et sa définition égalitaire de la justice et des droits de l'homme - puisse jamais réduire la souffrance humaine ou empêcher le désastre environnemental.

  6. Finalement, il faut renoncer à la croyance qu'une morale de bonnes intentions, particulièrement ces intentions dirigées vers la satisfaction de besoins individuels ou humains, produiront automatiquement le bien pour l'ensemble.

Ces idées fausses doivent être abandonnées, si jamais la croissance de la population et de l'exploitation des ressources naturelles devait cesser d'être une caractéristique persistante - et finalement tragique - de l'activité humaine. Les moyens ne doivent jamais être en désaccord avec les fins nécessaires. Ils doivent être de façon démontrable par l'évidence empirique capables d'atteindre - et non de contrecarrer - les buts holistiques nécessaires.

Je crois que Hardin a compris et a correctement exposé le problème moral de diriger le comportement individuel pour atteindre des buts holistiques (c'est-à-dire, sociaux et environnementaux). Il déclare brutalement que les contrôles sont des dispositions sociales qui créent une contrainte, d'une sorte ou d'une autre ... La contrainte est un mot sale ... Comme avec les mots grossiers, on peut nettoyer sa saleté par l'exposition à la lumière, en le répétant encore et encore sans excuse ou embarras (Hardin, 1968, p.1247).

Par exemple, le paiement d'impôts est une contrainte; les subventions publiques aux écoles sont une contrainte parce que ceux qui n'en ont pas besoin ou ne les utilisent pas sont forcés de payer pour les écoles des autres; les permis de construire sont une contrainte parce qu'ils forcent ceux qui construisent leur maison à observer des règles de construction que ces codes soient appropriés ou non en un endroit particulier pour la santé publique ou les besoins d'un individu. Bref, comme Hardin l'utilise, le terme contrainte est le terme général qui se réfère aux divers moyens que la société utilise pour diriger ou contrôler le comportement de citoyens individuels.

Et plus loin il ajoute, ce sont les restrictions nouvellement proposées (à notre utilisation des communaux) auxquelles nous nous opposons vigoureusement ; les cris de "droits" et "liberté" emplissent les airs. Mais que signifie "liberté" ? Quand les hommes ont mutuellement consenti à passer des lois contre le vol, l'humanité est devenue plus libre, et non moins. Les individus enfermés dans la logique des communaux sont seulement libres de provoquer la ruine universelle; une fois qu'ils voient la nécessité d'une contrainte mutuelle, ils deviennent libres de poursuivre d'autres buts. Je crois que c'est Hegel qui a dit, "La liberté est la reconnaissance de la nécessité" (Hardin, 1968, p.1248).

En effet la contrainte n'a pas à être la tyrannie. Au contraire, la contrainte efficace et discrète dans des communaux est une condition nécessaire pour avoir n'importe quelque liberté durable que ce soit.

Parce que des moyens coercitifs mal conçus sont inefficaces ou contre-productifs, ils causent souvent oppression et tyrannie plutôt que de les empêcher. Beaucoup d'exemples peuvent être trouvés qui illustrent la futilité de moyens mal conçus pour accomplir des fins holistiques.

  1. On ne peut pas s'attendre à ce que mon fils apprenne à contrôler ses finances s'il est libre de s'endetter autant qu'il veut et que j'aie l'obligation de rembourser.

  2. Il est improbable que l'environnement soit jamais protégé si chacun est libre d'utiliser autant d'énergie et de consommer autant de marchandises et de services qu'il peut se le permettre tandis que la société honore l'obligation morale de fournir les nécessités matérielles à tous ceux qui manquent d'argent.

  3. Des incitations significatives opèrent pour augmenter l'incidence des maladies (et augmenter ainsi les dépenses médicales) quand tous ceux qui prennent soin de leur propre santé sont forcés de payer une part disproportionnée des dépenses médicales et d'incapacité de ceux qui malmènent leur corps avec le tabac, l'alcool, les narcotiques, les contacts sexuels sans limites et non protégés, la gloutonnerie et le manque d'exercice.

  4. Il est improbable qu'aucune population reste stable tant que les individus sont libres d'avoir autant d'enfants qu'ils veulent tandis que la société dans son ensemble a l'obligation morale de payer la nourriture, les soins médicaux, les écoles et l'augmentation de l'équipement sanitaire et de l'emploi nécessaires pour entretenir tous les enfants des parents qui ne peuvent pas le faire.

  5. On ne peut s'attendre à ce qu'aucune nation (comme la Corée du Nord) se débarrasse d'une tyrannie oppressive ou développe un système économique efficace si son gouvernement est libre de toute contrainte et interférence étrangères tandis que le reste de l'humanité est moralement obligé de fournir l'alimentation, l'aide médicale et financière à ses citoyens qui souffrent et ainsi de soutenir cette tyrannie.

  6. La dépendance aux décisions du libre arbitre de gens de conscience est auto-éliminatoire, parce qu'elle récompense ceux qui n'ont aucune conscience en les laissant faire et prendre ce qu'ils veulent tandis qu'elle punit le civisme en lui faisant supporter les pénalités de la dépravation. En résumé, la causalité intervient vraiment dans les questions de comportement moral. Précisément, les systèmes de croyance morale s'auto-réfutent si, quand ils sont effectivement pratiqués et imposés, ils subvertissent les buts moraux pour lesquels ils étaient conçus.

Les êtres humains sont dans une position unique et fortunée parmi tous les êtres vivants en ce qu'ils ont le langage, la mémoire et l'intelligence. Ces capacités leur permettent d'accumuler une connaissance factuelle. Et cette connaissance, à son tour, leur permet d'échapper aux modèles de comportement normalement déterminés par l'habitude, la culture, la religion et le bagage génétique. Quand la connaissance de la structure et des limites du biosystème terrestre est obtenue et utilisée, elle peut pousser les gens à vivre comme des membres soutenants de la communauté biotique terrestre. Les gens peuvent maintenir une population limitée et stable; ils peuvent réduire au minimum leur utilisation des ressources physiques et biologiques. Il n'y a, cependant, aucune assurance que les gens permettront à la connaissance écologique de diriger leur comportement moral plutôt que de le laisser être contrôlé par des suppositions a-priori ou des appels à l'habitude et à la tradition. Néanmoins la possibilité stimulante existe : Le comportement moral peut éviter la tragédie des communaux même s'il est dirigé, secondairement, vers la tâche d'améliorer régulièrement la qualité de la vie humaine.

Comme dans l'essai original d'Hardin, l'expression générale de la tragédie des communaux démontre aussi que le comportement moral nécessite un contrôle holistique ou social. Dans le cas de beaucoup de nations, le moyen le plus efficace pour eux d'apprendre le besoin de contrainte sociale peut être que les autres ne fassent rien que se tenir à l'écart et surveiller. De même qu'un bon parent peut laisser un enfant tomber et se relever et tomber de nouveau quand il apprend à marcher, de même, aussi, beaucoup de nations ne peuvent découvrir le besoin de réduire leur population et de limiter leur utilisation des ressources naturelles qu'en permettant à leurs membres de souffrir dans la tâche d'apprendre à vivre dans les limites de la capacité de support de leurs frontières nationales.

Le moyen que recommande Hardin, pour protéger les communaux est la contrainte sociétale délibérée. De préférence c'est la restriction mutuelle, mutuellement convenue et mutuellement appliquée. En outre, la connaissance des moyens les plus efficaces et humains de contrainte sociétale est la connaissance empirique. Et comme toute connaissance empirique, elle nécessite expérimentation, révision et correction constantes. Comme tel, elle ne peut jamais être certaine; elle ne peut jamais être finale. Et puisque la vérité finale en ce qui concerne les questions de moralité est impossible, le choix moral, comme l'a si justement souligné Hardin, ne peut jamais être entre une contrainte parfaitement juste et rien du tout car alors les gens seront libres de causer l'effondrement des communaux environnementaux et la fin de l'expérience de la nature sur l'espèce humaine. Les formes imparfaites de contrainte sont clairement préférables à rien du tout. Elles sont comme les théories scientifiques erronées - un jour ou l'autre elles peuvent être réfutées et corrigées ou abandonnées. Les mesures coercitives imparfaitement justes peuvent être améliorées indéfiniment. Ainsi il est important de noter que le besoin de contrôle n'implique rien sur le type de contrainte que des sociétés différentes doivent pratiquer. Le défi moral est de rendre la contrainte aussi indolore, aussi humaine et aussi discrète que possible tant qu'elle accomplit le but holistique nécessaire : elle doit empêcher la tragédie des communaux et préserver la stabilité dynamique du système terrestre des êtres vivants. Et une fois que ce but primaire est assuré, le but moral secondaire peut être pris en compte - celui d'améliorer la qualité de la vie au fur et à mesure que les gens apprennent à développer le potentiel d'évolution du fait d'être humain. Il n'y a, cependant, aucune assurance que les gens ont la volonté et l'intelligence de vivre dans les limites nécessaires de la nature. Le faire est la tâche difficile mais stimulante de l'éthique.

Un Résumé et une Vue d'Ensemble

Maintenant pour la première fois dans l'histoire, l'effet cumulatif de l'activité humaine est devenu une force majeure et peut-être la principale affectant les écosystèmes terrestres. Dans ces nouvelles conditions, un changement drastique est nécessaire dans la façon dont l'éthique elle-même est conçue et dont les pratiques morales sont justifiées. De même que l'expérience de pensée d'Einstein a appelé une révolution dans la théorie physique, de même l'expression générale de la tragédie des communaux prouve qu'une révolution dans la théorie morale est nécessaire. Les deux nécessitent le rejet des systèmes de croyance établis.

L'expérience d'Einstein a prouvé que les coordonnées d'espace, de temps et de masse ne peuvent pas être simples et invariables partout dans l'univers. L'expérience d'Hardin a prouvé que les principes moraux (comme l'égalité de la justice, des droits de l'homme et des obligations morales) ne peuvent pas être universels et inconditionnels dans tous les contextes sociaux et environnementaux. Dorénavant, dans l'une comme l'autre discipline les concepts et principes de base doivent être reconnus comme dépendants du système, relatifs au système.

Il devrait être noté, cependant, que la relativité au système n'est pas la même chose que le relativisme sceptique. La relativité au système permet des affirmations sans équivoque sur la vérité, mais elles doivent être changées pour s'adapter au contexte dans lequel elles sont exprimées. Ainsi quand l'activité humaine en vient à dominer les écosystèmes terrestres, la nature de l'éthique doit être conçue différemment.

Le comportement moral correct ne peut plus être déduit d'un jeu de principes, de droits et d'obligations qui sont invariables dans le temps et universels dans l'application. Au contraire, le comportement moral doit être relatif à son but le plus important - protéger et soutenir le système terrestre divers mais mutuellement supporté des êtres vivants. Ensuite le but secondaire de la morale peut être traité, à savoir, maximiser la qualité de la vie humaine.

La nature, dépendante du système, du comportement moral entraîne des changements décisifs de la théorie morale ou dand les décisions qui affectent ce qui doit et ne doit pas être fait dans la vie quotidienne. Cinq méritent d'être soulignés.

D'abord, les gens ne peuvent plus supposer que les actes moraux sont autonomes, qu'ils sont les conséquences simples de la bonne volonté. Les gens ne peuvent plus faire comme si le comportement moral avait lieu dans un domaine infini de pensée dans lequel les membres de la communauté morale ont des devoirs et des obligations qui sont éternels, nécessaires et jamais contraints par une pénurie matérielle. Au contraire le comportement moral est complexe. Dans les actuelles conditions presque universelles de surpopulation, la plupart des actes humains entraînent avec eux un écheveau embrouillé de bienfaits et de maux. Des actes humains ordinaires, des actes qui sont inoffensifs ou même moralement nécessaires quand ils sont pratiqués à une échelle petite ou limitée, deviennent tragiques, et même désastreux, quand ces mêmes types d'actes sont pratiqués à une grande échelle ou par tous. Dans de nombreux cas la moralité d'un acte est fonction du nombre de gens qui font cette sorte d'acte.

En fait on ne peut plus juger que le comportement d'un individu soit moral simplement parce que sa motivation se conforme à des idéaux et principes invariables. Ce critère subjectif traditionnel pour évaluer le comportement moral doit être abandonné parce qu'il est souvent hors de propos et même contre-productif.

Le deuxième est un corollaire du premier. La plupart des personnes dans le monde occidental tiennent pour vraie une sérieuse erreur morale qui doit être abandonnée.

Ayant été élevés ou instruits sous l'influence formatrice d'une religion monothéiste, ils croient généralement, sans aucun doute, examen, ou discussion, que les idéaux et les principes de comportement moral peuvent être justifiés non-empiriquement, c'est à dire par la raison ou la pensée a-priori. En conséquence, les affirmations morales sont traitées comme si elles étaient comme la conclusion de démonstrations géométriques dont la vérité est une question de nécessité logique que des données empiriques ne peuvent pas réfuter. Cependant, la tragédie des communaux montre l'absurdité de cette affirmation. Parce que la plupart des droits, lois et libertés de l'homme sont contingents à la capacité des écosystèmes terrestres à les supporter, la plupart ne peuvent pas être universels, nécessaires et inconditionnels. Et aucun argument a priori - aucun appel à la raison, à la conscience, à la Parole de Dieu, ou à la logique du langage moral - ne peut les rendre tels. En fait aucune des obligations centrées sur l'homme des théories morales a-priori ne peut freiner les mécanismes intrinsèques de rétro-action positive qui causent actuellement l'appauvrissement toujours plus grand des écosystèmes mondiaux. Et aucun ne peut être ajusté pour répondre aux besoins holistiques du biosystème évolutif terrestre. Voilà les défauts inhérents qui prouvent qu'il faut abandonner la croyance que le raisonnement a-priori peut déterminer, en tout temps, les idéaux et les principes moraux aussi bien que la nature de la justice elle-même.

Troisièmement, tous les systèmes de croyances morales sont des hypothèses sur la façon dont les gens peuvent vivre sur la Terre. Comme tels, ils font des affirmations factuelles. Et comme toutes les affirmations factuelles, leur vérité ou fausseté dépend de l'évidence empirique. Pour cette raison, la séquence d'événements biologiques que l'expression générale de la tragédie des communaux décrit a une importance décisive pour la théorie morale. Elle montre

  1. que le comportement moral doit être fondé sur une connaissance de la biologie et de l'écologie,

  2. qu'il faut tester empiriquement que les obligations morales atteignent les buts biologiques nécessaires,

  3. que tout système de pratiques morales est auto-inconséquent quand le comportement qu'il permet ou rend moralement obligatoire subvertit en réalité le but qu'il recherche. Donc les critères empiriques fournissent une condition nécessaire (quoique non suffisante) pour un comportement moral acceptable. Indépendamment de l'inclination humaine à rationaliser, tout système de croyances morales se trompe si sa mise en application causerait l'effondrement de l'écosystème qui supporte les gens qui le suivent. En effet, la nécessité biologique a un droit de veto sur le comportement moral. Les faits peuvent réfuter les croyances morales.

Quatrièmement, les écosystèmes sont en équilibre dynamique. De plus, la technique et les institutions humaines évoluent constamment de façons nouvelles et imprévisibles. En outre, les êtres vivants sont en compétition l'un avec l'autre pour l'espace et les ressources; pourtant chaque organisme dépend aussi symbiotiquement du bien-être de l'ensemble pour sa propre survie et son bien-être. En effet le bien être de tous les organismes - y compris les êtres humains - dépend causalement de la santé et de la stabilité des écosystèmes qui les supportent. En conséquence, la stabilité et le bien-être du biosystème terrestre ont priorité morale sur le bien-être de n'importe laquelle de ses parties - y compris les besoins et intérêts des sociétés humaines et individus.

Cinquièmement, les être humains sont dans une situation biologiquement unique : la connaissance empirique peut guider leur comportement. En fait, le comportement intelligent peut libérer les gens des rigueurs du déterminisme physique et biologique. Il faut noter, cependant, que cette liberté n'est pas absolue, car le comportement humain est toujours déterminé. Mais, au lieu d'être déterminé seulement par les gènes, l'habitude et le conditionnement culturel, il peut être modifié par la mémoire de l'expérience utile des individus enrichie par les succès cumulés de l'espèce humaine. Ainsi, bien que la nécessité biologique ait un droit de veto sur ce que les gens peuvent vouloir et espérer, la connaissance empirique peut guider le comportement humain. Et cette connaissance indique clairement que la planification holistique et la contrainte appliquée sociétalement sont les moyens nécessaires pour empêcher l'effondrement tragique du biosystème terrestre.

Des preuves expérimentales complémentaires sont nécessaires pour établir le type de contrôles qui seront les plus efficaces, les plus humains et les plus protecteurs de la vie privée et de la liberté. Alors comme les gens apprendront les moyens les moins importuns et les plus efficaces pour que l'activité humaine se conforme à la nécessité biologique, l'attention morale pourra être dirigée sur les questions humaines plus étroites. Les êtres humains et leurs descendants peuvent apprendre comment réaliser le mieux le potentiel de développement du fait d'être humains. L'effort moral ne sera plus gaspillé dans la tentative futile d'appliquer le statu quo des idéaux et principes moraux acceptés comme s'ils étaient nécessaires et immuables. Quand elle sera ainsi fondé dans la nature et les besoins de la vie plutôt que dans les rapports abstraits entre les éléments d'un système de pensée a-priori, l'éthique pourra prendre sa place parmi toutes les autres entreprises humaines - la science, la médecine, la technique, l'art, la musique et la littérature.

Ce sont toutes des entreprises humaines en cours et créatrices. Toutes se développent constamment en portée, en efficacité et en signification. L'éthique doit faire en faire autant.

Références

Hardin, Garrett, "The Tragedy of the Commons," Science, Vol. 162, December 1968, pp. 1243-1248.

Hardin, Garrett, Exploring New Ethics for Survival: The Voyage of the Spaceship Beagle, The Viking Press, New York, 1972.

Herschel Elliott
1915 N. E. 75 Street
Gainesville, FL 32641-2794
Le 7 février 1997