traduit à partir de http://www.sd-commission.org.uk/data/files/publications/pwg_summary_eng.pdf ) par Michel Roudot

Le rapport complet Prosperity without growth est disponible sur le site de la Sustainable Development Commission du gouvernement britannique. Il a été publié et traduit en français.

Prospérité sans croissance ?
La transition vers une économie durable

Professeur Tim Jackson

Commissaire à l'Économie
Commission du Développement Durable

Résumé

La croissance économique est censée apporter la prospérité. De plus hauts revenus devraient signifier de meilleurs choix, des vies plus riches, une qualité de vie améliorée pour tous. C'est du moins l'opinion communément admise. Mais les choses ne se sont pas toujours déroulées de cette façon.

La croissance a apporté ses avantages, au mieux de façon inégale. Un cinquième de la population mondiale gagne juste 2 % du revenu mondial. L'inégalité est plus élevée dans les payss de l'OCDE qu'il y a 20 ans. Et pendant que les riches sont devenus plus riches, les revenus de la classe moyenne dans les pays Occidentaux ont stagné en termes réels longtemps avant la récession. Bien loin d'augmenter le niveau de vie pour ceux qui en avaient le plus besoin, la croissance a laissé tomber la majorité de la population mondiale. La richesse a percolé vers les lucky few.

La justice) (ou son absence) n'est qu'une des multiples raisons de mettre en doute la formule conventionnelle pour atteindre la prospérité. Quand l'économie se développe, les implications sur les ressource associées en font autant. Ces impacts sont déjà non soutenables. Dans le dernier quart de siècle l'économie globale a doublé, tandis qu'environ 60 % des écosystèmes du monde ont été dégradés. Les émissions mondiales de carbone ont augmenté de 40 % depuis 1990 (l'année de référence du Protocole de Kyoto). Une pénurie significative dans des ressources clés comme le pétrole peut apparaître dans moins d'une décennie.

Un monde dans lequel les choses continuent simplement comme d'habitude est déjà inconcevable. Mais qu'en est il d'un monde dans lequel neuf milliards de personnes aspirent toutes au niveau de richesse atteint dans les pays de l'OCDE ? Une telle économie devrait atteindre 15 fois la taille de celle-ci avant 2050 et 40 fois plus grosse vers la fin du siècle. À quoi ressemble une telle économie ? À quoi fonctionne-t-elle ? Offre-t-elle vraiment une vision crédible pour une prospérité partagée et durable ?

Voici quelques unes des questions qui ont initié ce rapport. Elles appartiennent à une longue tradition de sérieuse réflexion sur la nature du progrès. Mais elles reflètent aussi des préoccupations réelles et immédiates. Le changement climatique, la sécurité de l'approvisionnement en combustible, l'effondrement de la biodiversité et l'inégalité mondiale se sont inexorablement déplacés au premier rang de l'ordre du jour de la politique internationale au cours de la dernière décennie. Ce sont des questions qui ne peuvent plus être reléguées à la génération suivante ou au cycle électoral suivant. Elles exigent qu'on leur porte attention maintenant.

En conséquence, ce rapport expose un examen critique de la relation entre la prospérité et la croissance. Il reconnaît au début que les nations les plus pauvres sont dans un besoin urgent de développement économique. Mais il se demande aussi si des revenus toujours croissants pour ceux qui sont déjà riches sont un objectif politique approprié dans un monde contraint par des limites écologiques.

Son but n'est pas seulement d'analyser la dynamique d'une crise écologique émergente qui va probablement éclipser la crise économique existante. Mais aussi d'avancer des propositions de politique cohérentes (voir le tableau final) qui faciliteront la transition vers une économie soutenable.

En bref, ce rapport met à l'épreuve l'hypothèse de la poursuite de l'expansion économique dans les pays riches et demande : est-ce qu'il est possible d'obtenir la prospérité sans croissance ?

L'Époque de l'Irresponsabilité

La récession donne à cette question un relief aiguisé. La crise bancaire de 2008 a mené le monde au bord du désastre financier et a secoué le modèle économique dominant jusqu'à ses bases. Elle a redéfini les frontières entre le marché et l'état et nous a forcés à faire face à notre incapacité à gérer la soutenabilité financière - sans parler de la soutenabilité écologique - de l'économie mondiale.

Cela peut paraître un moment inopportun pour mettre en doute la croissance. Ça ne l'est pas. Au contraire, cette crise offre le potentiel pour s'engager dans une réflexion sérieuse. C'est une occasion unique de s'occuper à la fois de la soutenabilité financière et écologique. Et comme ce rapport l'argumente, les deux choses sont intimement associées.

Le chapitre 2 soutient que le trouble actuel n'est pas le résultat de fautes professionnelles isolées ou de simples défauts de vigilance. Le marché n'a pas été détruit par des individus dévoyés ou des régulateurs incompétents qui ont fermé les yeux. Il a été détruit par la croissance elle-même.

L'impératif de croissance a formé l'architecture de l'économie moderne. Il a motivé les libertés accordées au secteur financier. Il a été au moins en partie responsable du relâchement des règlements et la prolifération des dérivés financièrs instables. L'expansion continue du crédit a été délibérément louée comme un mécanisme essentiel pour stimuler la croissance de la consommation.

Ce modèle a toujours été instable écologiquement. Il a maintenant prouvé qu'il était instable économiquement. L'époque de l'irresponsabilité ne se réfère pas à une surveillance désinvolte ou à la rapacité individuelle. S'il y a eu irresponsabilité elle était systémique, largement autorisée et avec un but clair à l'esprit : prolonger et protéger la croissance économique.

L'échec de cette stratégie est désastreux de toutes sortes de façons. Les impacts qu'il a causé à travers le monde, en particulier dans des communautés plus pauvres, ne sont pas la moindre. Mais l'idée que la croissance peut nous délivrer de la crise est aussi profondément problématique. Les réponses qui aspirent à rétablir le statu quo, même si elles réussissent à court terme, nous ramènent simplement à une condition de non soutenabilité financière et écologique.

Redéfinir la Prospérité

Une réponse plus appropriée doit mettre en doute la vision sous-jacente d'une prospérité construite sur une croissance continuelle. Et chercher des visions alternatives - dans lesquelles les gens peuvent toujours s'épanouir et pourtant réduire leur impact matériel sur l'environnement. En fait, comme le Chapitre 3 le fait comprendre, la volumineuse littérature sur le bien-être humain est pleine d'idées à ce sujet.

La prospérité a des dimensions matérielles indéniables. Il est pervers de raconter que des choses vont bien là où la nourriture et l'abri sont inadéquats (comme c'est le cas pour des milliards de gens dans les pays en voie de développement). Mais il est aussi simple de voir que l'équivalence simple entre quantité et qualité, ou entre plus et mieux, est fausse en général.

Quand vous n'avez pas mangé pendant des mois et que la récolte a échoué de nouveau, n'importe quelle nourriture est une bénédiction. Quand le frigo style américain est déjà bourré d'un choix écrasant, même un petit supplément pourrait être considéré comme un fardeau, particulièrement si vous êtes tenté de le manger.

Une découverte encore plus forte est que les exigences de prospérité vont bien au-delà de la nourriture matérielle. La prospérité a des dimensions sociales et psychologiques essentielles. Aller bien a en partie à voir avec la capacité à donner et recevoir de l'amour, à jouir du respect de vos pairs, à contribuer à un travail utile et à avoir un sentiment d'appartenance et de confiance dans la communauté. En bref, un composant important de prospérité est la capacité à participer significativement à la vie de la société.

Cette vision de la prospérité a beaucoup en commun avec la visio d'Amartya Sen du développement comme "des capacités pour s'épanouir". Mais cette vision doit être interprétée avec soin : pas comme un ensemble de libertés désincarnées, mais comme une gamme de "capacités limitées" à vivre bien - dans le cadre de certaines limites clairement définies.

Une prospérité juste et durable ne peut pas être isolée de ces conditions matérielles. Les capacités sont limitées d'une part par l'échelle de la population mondiale et d'autre par l'écologie finie de la planète. Ignorer ces limites naturelles à la prospérité revient à condamner nos descendants - et nos cousins terrestres - à une planète appauvrie.

Au contraire, la possibilité que les gens puissent s'épanouir et en même temps moins consommer est fascinante. Il serait idiot de penser qu'elle est facile à atteindre. Mais il ne faudrait pas y renoncer à la légère. Elle offre la meilleure perspective que nous ayons pour une prospérité durable.

Le Dilemme de la Croissance

Avoir cette vision à présenter n'assure pas que la prospérité sans croissance est possible. Bien que formellement distincte de la prospérité croissante, il reste la possibilité qu'une croissance économique continue soit une condition nécessaire pour une prospérité durable. Et que, sans croissance, notre capacité nous épanouir diminue considérablement.

Le chapitre 4 explore trois propositions apparentées pour la défense de la croissance économique. La première est que l'opulence matérielle est (après tout) nécessaire pour s'épanouir. La deuxième est que la croissance économique est étroitement corrélée avec certains droits fondamentaux - à la santé ou l'éducation, peut-être - qui sont essentiel à la prospérité. La troisième est que la croissance est fonctionnelle dans le maintien de la stabilité économique et sociale.

Il y a des indices qui vont dans le sens de chacune de ces propositions. Les biens matériels jouent effectivement un rôle symbolique important dans nos vies, nous permettant de participer à la vie de la société. Il y a une certaine corrélation statistique entre la croissance économique et les indicateurs clés de développement humains. Et la résilience économique - la capacité de protéger les emplois et les moyens d'existence et d'éviter l'écroulement face aux chocs externes - importe vraiment. Les capacités de base sont menacées quand les économies s'effondrent.

La croissance a été (jusqu'à présent) le mécanisme par défaut pour éviter l'écroulement. En particulier, les économies de marché ont placé un fort accent sur la productivité du travail. Des améliorations continues de la technologie signifient qu'on peut produire avec n'importe quel apport donné de main-d'œuvre. Mais d'une façon cruciale cela signifie aussi que moins de gens sont nécessaires pour produire les mêmes marchandises d'une année à l'autre.

Tant que l'économie se développe assez vite pour compenser la productivité du travail il n'y a pas de problème. Mais si l'économie ne croît pas, il y a une pression vers le bas sur l'emploi. Les gens perdent leurs emplois. Avec moins d'argent dans l'économie, la production chute, les dépenses publiques sont restreintes et la capacité à rembourser la dette publique est diminuée. Une spirale de récession menace. La croissance est nécessaire dans ce système juste pour empêcher l'effondrement.

Cette évidence mène à un dilemme inconfortable et profondément enraciné : la croissance est peut être non soutenable, mais la "décroissance" semble être instable. De prime abord cela ressemble à un théorème d'impossibilité pour une prospérité durable. Mais ignorer les implications ne les fera pas disparaître. L'incapacité à prendre le dilemme de la croissance au sérieux peut être l'unique plus grande menace à la soutenabilité à laquelle nous faisons face.

Le Mythe du Découplage

La réponse conventionnelle au dilemme de la croissance est de faire appel au "découplage" : croissance économique continue avec diminution continue de la consommation matérielle. Comme l'efficacité est une des choses où les économies capitalistes modernes sont censées exceller, le découplage a une logique familière et un attrait clair comme solution du dilemme de la croissance.

Comme le Chapitre 5 l'indique, il est vital de distinguer entre le découplage "relatif" et "absolu". Le découplage relatif se réfère à une situation où les impacts sur les ressources diminuent relativement au PIB. Les impacts peuvent toujours croître, mais ils le font plus lentement que le PIB. La situation dans laquelle les impacts sur les ressources déclinent en termes absolus est appelée le "découplage absolu". Inutile de dire que cette dernière situation est essentielle si l'activité économique doit se maintenir dans des limites écologiques.

La preuve d'une baisse des intensités de ressources (le découplage relatif) est relativement facile à identifier. L'énergie nécessaire pour produire une unité de production économique a diminué d'un tiers dans les trente dernières années, par exemple. L'intensité carbonique globale est tombée d'environ un kilo par dollar d'activité économique à juste en dessous de 770 grammes par dollar.

La preuve de réductions d'ensemble de la consommation de ressources (le découplage absolu) est beaucoup plus difficile à trouver. Les améliorations de l'intensité énergétique (et le carbonique) citées ci-dessus ont été compensées par des augmentations de l'échelle de l'activité économique au cours de la même période. Les émissions de carbone mondiales dues à l'utilisation d'énergie ont augmenté de 40 % depuis seulement 1990 (l'année de référence de Kyoto).

Il y a des tendances mondiales croissantes dans un certain nombre d'autres ressources - un éventail de différents métaux et de plusieurs minéraux non métalliques par exemple. De façon inquiétante, dans certains cas, même le découplage relatif ne se produit pas. La productivité en ressources dans l'utilisation de certains matériaux structurels (le minerai de fer, la bauxite, le ciment) a baissé à l'échelle mondiale depuis 2000, quand les économies émergentes ont créé des infrastructures physiques, menant à une consommation de ressource accélérée.

L'échelle d'amélioration nécessaire est décourageante. Dans un monde de neuf milliards d'humains, tous aspirant à un niveau de revenu proportionné à une croissance de 2 % du revenu moyen d'aujourd'hui de l'Union européenne, les intensités carboniques (par exemple) devraient diminuer en moyenne de plus de 11 % par an pour stabiliser le climat, 16 fois plus rapidement que cela n'a été fait depuis 1990. Avant 2050, l'intensité carbonique mondiale devrait être seulement de six grammes par dollar de production, presque 130 fois plus bas qu'aujourd'hui.

Un investissement économique substantiel sera nécessaire pour réaliser quoi que ce soit approchant ces améliorations. Lord Stern a soutenu que la stabilisation du carbone atmosphérique à 500 parties par million (ppm) signifierait investir 2 % du PIB chaque année dans des réductions des émissions de carbone. Réussir à stabiliser à 450 ppm exigerait des niveaux encore plus hauts d'investissement. Ajoutez y les besoins en capital plus importants pour l'efficacité en ressources, la substitution des matériaux et des processus et la protection écologique et la seule ampleur de l'investissement devient un problème. Les implications macro-économiques de ceci sont abordées dans le Chapitre 8.

Plus important, on essaie peu dans les scénarios existants de réaliser une distribution équitable de revenus entre les pays. À moins que la croissance dans les nations plus riches ne soit réduite, les implications écologiques d'une prospérité vraiment partagée deviennent encore plus décourageantes à envisager.

La vérité est qu'il n'y a à ce jour aucun scénario crédible, socialement juste, écologiquement soutenable de croissance continue des revenus pour un monde de neuf milliards d'humains.

Dans ce contexte, les suppositions simplistes que la propension capitaliste à l'efficacité nous permettra de stabiliser le climat et protégera contre la pénurie de ressource ne sont rien d'autre que délirantes. Ceux qui promeuvent le découplage comme une voie pour échapper au dilemme de la croissance doivent regarder de plus près l'évidence historique - et l'arithmétique de base de la croissance.

La "Cage de Fer" du Consumérisme

Face à l'évidence, il est fantaisiste de supposer que des coupes sévères dans les ressources et émission peuvent être réalisés sans être confrontés à la nature et à la structure des économies de marché. Le chapitre 6 expose deux caractéristiques interdépendantes de la vie économique moderne qui pilotent conjointement la dynamique de croissance : la production et la consommation de nouveauté.

Le motif du profit stimule une recherche continuelle par les producteurs pour des produits et des services plus nouveaux, meilleurs ou moins chers. Ce processus de "destruction créative", selon l'économiste Joseph Schumpeter, est ce qui pousse en avant la croissance économique.

Pour l'entreprise individuelle, la capacité à s'adapter et innover - à concevoir, produire et commercialiser non seulement des produits moins chers mais des plus nouveaux et plus excitants - est vitale. Les sociétés qui échouent dans ce processus y risquent leur propre survie.

Mais la production continuelle de nouveautés serait de peu de valeur pour les entreprises s'il n'y avait pas de marché pour la consommation de nouveautés dans les ménages. Reconnaître l'existence, et comprendre la nature, de cette demande est essentiel.

Elle est intimement liée avec le rôle symbolique que les biens matériels jouent dans nos vies. La "langue des biens" nous permet de communiquer les uns avec les autres - de la façon la plus évidente sur le statut social, mais aussi sur l'identité, l'affiliation sociale et même - en donnant et recevant des cadeaux par exemple - sur nos sentiments les uns envers les autres.

La nouveauté joue un rôle absolument central ici pour diverses raisons. En particulier la nouveauté a toujours véhiculé des informations importantes sur le statut. Mais elle nous permet aussi d'explorer nos aspirations pour nous mêmes et notre famille, et nos rêves de bonne vie.

Le point le plus révélateur de tous est peut-être l'ajustement presque parfait entre la production continuelle de nouveauté par les entreprises et la consommation continue de nouveauté dans les ménages. Le désir sans repos du consommateur est le complément parfait de l'innovation sans repos de l'entrepreneur. Pris ensemble ces deux processus auto-renforçants sont exactement ce qui est nécessaire pour pousser la croissance en avant.

Malgré cette correspondance, ou peut-être à cause d'elle, la recherche acharnée de la nouveauté crée une anxiété qui peut saper le bien-être social. Les individus sont à la merci de la comparaison sociale. Les entreprises doivent innover ou mourir. Les institutions sont biaisées vers la poursuite d'un consumérisme matérialiste. L'économie elle-même est dépendante de la croissance de la consommation pour sa survie même. La "cage de fer du consumérisme" est un système dans lequel personne n'est libre.

C'est un système anxiogène, et en fin de compte pathologique. Mais à un niveau il fonctionne. Le système reste économiquement viable tant que la liquidité est préservée et que la consommation augmente. Il s'effondre quand l'un ou l'autre des deux décroche.

Le Keynesianisme et le New Deal Vert

Les réponses politiques à la crise économique sont plus ou moins unanimes sur le fait que le rétablissement signifie re-dynamiser les dépenses des ménages afin de relancer la croissance économique. Les différences d'avis sont surtout limitées à la façon d'y arriver. La réponse prédominante (Keynésienne) est d'utiliser un mélange de dépenses publiques et de réductions d'impôt pour stimuler la demande des consommateurs.

Le chapitre 7 récapitule certaines des variations les plus intéressantes sur ce thème. Il met en évidence en particulier le consensus international émergent autour d'une idée très simple. La reprise économique nécessite de l'investissement. Cibler cet investissement soigneusement vers la sécurité énergétique, les infrastructures à faible intensité carbonique et la protection écologique offre de multiples avantages. Ces avantages incluent :

En bref, un "stimulus vert" est une réponse éminemment raisonnable à la crise économique. Il offre des emplois et la reprise économique à court terme, la sécurité énergétique et l'innovation technologique à moyen terme et un avenir soutenable pour nos enfants à long terme.

Néanmoins, l'hypothèse de base du plus "vert" même des stimulus Keynésien est de ramener l'économie à une condition de croissance continue de la consommation. Comme cette condition est non soutenable, il est difficile d'échapper à la conclusion qu'à plus long terme quelque chose de plus est nécessaire. Un type différente de structure macro-économique est essentiel pour un monde écologiquement contraint.

Une Macroéconomie pour la Soutenabilité

Il y a quelque chose d'étrange autour du refus moderne d'approuver quoi que ce soit hors de la croissance à tout prix. Les premiers économistes comme John Stuart Mill (et bien sûr Keynes lui-même) ont prévu un temps dans lequel la croissance devrait s'arrêter.

Le travail de recherche d'Herman Daly a défini les conditions écologiques d'une économie de régime continu en termes d'un stock constant de capital physique, pouvant être maintenu par un faible taux de consommation de ressources qui reste à l'intérieur des capacités régénératrices et assimilatrices de l'écosystème.

Ce dont nous manquons toujours c'est un modèle macro-économique viable dans lequel ces conditions peuvent être réalisées. Il n'y a aucun modèle clair pour réaliser la stabilité économique sans croissance de la consommation. Et aucun des modèles existants ne prend pleinement en compte la dépendance de la macro-économie à des variables écologiques comme les ressources et les émissions. En bref il n'y a pas de macroéconomie pour la soutenabilité et il y en a un besoin urgent.

Le chapitre 8 explore les dimensions de cette demande plus en détail. Il présente les résultats de deux tentatives spécifiques de développer une macroéconomie de la soutenabilité. Un d'entre eux suggère qu'il est possible, sous certaines conditions, de stabiliser la production économique, même dans le cadre d'une macro-économie assez classique. Les politiques du temps de travail jouent un rôle crucial dans ce modèle, pour empêcher la hausse du chômage.

Le second modèle s'intéresse aux implications macro-économiques d'un abandon des combustibles fossiles. Il montre qu'il n'y a peut être qu'une étroite "fenêtre de soutenabilité" par laquelle l'économie peut passer si elle doit faire cette transition avec succès. Mais d'une façon cruciale, cette fenêtre est élargie si une part plus importante du revenu national est allouée à l'épargne et à l'investissement.

Ces exercices révèlent qu'une nouvelle macroéconomie pour la soutenabilité est non seulement essentielle, mais possible. Le point de départ doit être d'identifier clairement les conditions qui définissent une économie soutenable.

Ces conditions incluront toujours une exigence forte pour la stabilité économique comme base de la protection à la fois des emplois et des capacités de développement des gens. Mais cette condition devra être complétée par les conditions qui assurent l'équité distributionnelle, établissent des niveaux soutenables de consommation de ressources et d'émissions et pourvoient à la protection du capital naturel critique.

En termes opérationnels, il y aura des différences importantes dans la façon où les variables conventionnelles interviennent dans cette nouvelle macro-économie. L'équilibre entre consommation et investissement, la répartition entre les dépenses publiques et privées, la nature des améliorations de productivité, les conditions de rentabilité : tous ces points devront être renégociés.

Le rôle de l'investissement est particulièrement crucial. La soutenabilité aura besoin d'une augmentation de l'investissement dans les infrastructures publiques, les technologies soutenables et la maintenance et la protection écologiques. Ces investissements opéreront différemment des dépenses d'investissement classiques (Annexe 2) et devront être arbitrés et gérés en conséquence.

Par-dessus tout, une nouvelle macroéconomie pour la soutenabilité doit abandonner la présomption d'une croissance de la consommation matérielle comme base de la stabilité économique. Elle devra être écologiquement et socialement cultivée, mettant fin à la folie qu'est séparer l'économie de la société et de l'environnement.

S'épanouir - dans des Limites

Réparer l'économie n'est qu'une partie du problème. Prendre en compte la logique sociale du consumérisme est aussi vital. Cette tâche est loin d'être simple - principalement à cause de la façon dont les biens matériels sont si profondément impliquées dans le tissu de nos vies.

Mais le changement est essentiel. Et un certain engagement pour ce changement existe déjà. Une désaffection naissante du consumérisme et une préoccupation croissante envers la "récession sociale" a déclenché un certain nombre d'initiatives visant à améliorer le bien-être et à rechercher un "hédonisme alternatif" - sources d'identité, de créativité et de signification qui résident à l'extérieur du royaume du marché.

Contre la montée du consumérisme il y a déjà ceux qui ont résisté à l'exhortation à "aller faire du shopping", préférant plutôt consacrer leur temps à des activités moins matérialistes, à leur famille, ou à s'occuper des autres.

Des communautés "intentionnelles" à petite échelle (comme la communauté de Findhorn en Ecosse ou le Village des Pruniers en France) explorent l'art du possible. Des mouvements sociaux plus vastes (comme le mouvement des "ville en transition") mobilisent le désir des gens de vivre de façon plus soutenable. Ces initiatives n'attirent pas tout le monde. Mais elles fournissent vraiment un terrain d'étude inestimable, nous donnant des indices du potentiel pour un changement social plus grand public.

Le chapitre 9 discute de leurs forces et leurs limitations. Il explore les raisons pour lesquelles les gens peuvent se trouver être à la fois plus heureux et vivre de façon plus soutenable quand ils favorisent les buts intrinsèques qui les ancrent dans la famille et la communauté plutôt que les buts extrinsèques qui les lient au paraître et au statut social. La prospérité à l'intérieur de limites est une réelle possibilité, si l'on en croit cette évidence.

D'un autre côté, ceux qui sont à l'avant garde du changement social sont souvent tourmentés par le conflit d'essayer de vivre, tout à fait littéralement, en opposition avec les structures et les valeurs qui dominent la société. Ces structures représentent une culture de la consommation qui envoie tous les faux signaux, pénalisant les "bons" choix environnementaux et rendnat rien moins qu'impossible, même pour les gens fortement motivés, de vivre de façon soutenable sans sacrifice personnel.

Dans ce contexte, les exhortations simplistes pour que les gens résistent au consumérisme sont vouées à l'échec. Presser les gens d'isoler leurs maisons, de baisser le thermostat, d'enfiler un pullover, de conduire un peu moins, de marcher un peu plus, de passer les vacances à la maison, d'acheter des aliments produits localement (et caetera) soit ne sera pas entendu soit sera rejeté comme une manipulation au moins aussi longtemps que tous les messages sur les dépenses de consommation courante pointeront dans l'autre direction.

C'est pourquoi, le changement structurel doit être au coeur de toute stratégie pour aborder la logique sociale du consumérisme. Et il doit consister dans deux pistes principales. La première consiste à démanteler les incitations perverses à la compétition improductive pour le statut. La seconde doit consister à établir de nouvelles structures qui fournissent des capacités aux gens pour s'épanouir - et en particulier participer significativement et avec créativité dans la vie de la société - de façons moins matérialistes.

Les avantages en termes de prospérité vont probablement être substantiels. Une société moins matérialiste améliorera la satisfaction de soi. Une société plus égalitaire diminuera l'importance des biens de statut. Une économie moins orientée vers la croissance améliorera l'équilibre travail-vie des gens. L'augmentation de l'investissement dans des biens publics apportera des retours durables à la prospérité du pays.

Gouvernance pour la Prospérité

La réalisation de ces buts soulève inévitablement la question de la gouvernance - dans le sens le plus large du mot. Comment une prospérité partagée doit elle être réalisée dans une société pluraliste ? Comment les intérêts de l'individu doivent ils être équilibré avec l'intérêt commun ? Quels sont les mécanismes pour réaliser cet équilibre ?

Des questions particulières surgissent sur le rôle du gouvernement lui-même. Le chapitre 10 identifie un rôle presque incontesté pour l'état qui consiste dans le maintien de la stabilité macro-économique. Pour le meilleur ou pour le pire, le gouvernement "co-crée" aussi la culture de la consommation, façonnant les structures et les signaux qui influencent le comportement des gens. En même temps, bien sûr, le gouvernement a un rôle essentiel à jouer dans la protection des "dispositifs d'engagement" qui évitent les choix myopes et encouragent les objectifs sociaux à long terme.

L'histoire suggère une dérive culturelle au sein des gouvernements vers un soutien et un encouragement du consumérisme matérialiste et individualiste. Cette dérive n'est pas entièrement uniforme d'un pays à l'autre. Par exemple, différentes "variétés de capitalisme" mettent plus ou moins l'accent sur la déréglementation et la concurrence. Mais toutes les variétés ont une exigence structurelle pour la croissance et comptent directement ou indirectement (par exemple dans les marchés exports) sur le consumérisme pour l'obtenir.

Le gouvernement est ici en conflit avec lui-même. D'une part, il a un rôle pour "garantir l'avenir" - en protégeant les biens sociaux et écologiques à long terme ; de l'autre il a une responsabilité clef pour la stabilité macro-économique. Car tant que la stabilité macro-économique dépend de la croissance économique, le gouvernement aura une incitation à supporter les structures sociales qui sapent l'engagement et renforcent l'individualisme matérialiste en quête de nouveauté. Particulièrement là où c'est nécessaire pour augmenter dépenses de consommation courante.

À l'inverse, libérer la macro-économie d'une exigence structurelle pour la croissance libérera simultanément le gouvernement pour qu'il joue son rôle correct dans la mise en oeuvre des objectifs sociaux et écologiques et la protection des intérêts à long terme.

La poursuite étroite de croissance représente une distorsion horrible de l'intérêt commun et des valeurs humaines sous-jacentes. Il sape aussi le rôle légitime du gouvernement lui-même. En fin de compte, l'état est le dispositif d'engagement par excellence de la société, et l'agent principal de protection de notre prospérité partagée. Une nouvelle vision de la gouvernance qui englobe ce rôle est urgemment nécessaire.

La Transition vers une Économie Soutenable

Les exigences de cette analyse en termes de politique sont considérables. Le chapitre 11 présente une série d'étapes que les gouvernements pourraient suivre maintenant pour parvenir à la transition vers une économie soutenable. Le tableau final récapitule ces étapes. Ils entrent dans trois catégories principales :

Les propositions détaillées découlent directement de l'analyse faite dans ce rapport. Mais beaucoup d'entre elles sont assises sur des débats plus longs et plus profonds sur la soutenabilité, le bien-être et la croissance économique. Et au moins certaines d'entre elles sont étroitement liées avec les préoccupations existantes des gouvernements par exemple sur la pénurie de ressources, les objectifs sur le changement climatique, la fiscalité écologique et le bien-être social.

Une partie du but de ce rapport est de fournir un fondement cohérente pour ces politiques et d'aider à renforcer la main du gouvernement pour les faire avancer. Car à l'heure actuelle, malgré ses meilleurs efforts, le progrès vers la soutenabilité reste douloureusement lent. Et il a tendance à décrocher indéfiniment sur l'engagement global envers la croissance économique. Un changement radical dans la volonté politique - et une vision renouvelée de la gouvernance - est essentielle.

Mais il y a maintenant une occasion unique pour le gouvernement - en poursuivant ces étapes - de démontrer un leadership économique et en même temps de se faire le champion de l'action internationale sur la soutenabilité. Ce processus doit commencer en développant la prudence financière et écologique chez soi. Il doit aussi commencer à redresser les incitations perverses et les logiques sociales nuisibles qui nous enferment dans une compétition improductive pour le statut.

Par-dessus tout, il y a un besoin urgent de développer une macro-économie résiliente et soutenable qui ne soit plus basée sur une croissance acharnée de la consommation. Le message le plus clair de la crise financière de 2008 est que notre modèle actuel de succès économique est fondamentalement vicié. Pour les économies développées du monde occidental, la prospérité sans croissance n'est plus un rêve utopique. C'est une nécessité financière et écologique.

12 Étapes pour une Économie Durable

Construire une Macro-économie Soutenable

La consommation matérialiste alimentée par la dette est profondément insatisfaisante comme base de notre macro-économie. Le temps est maintenant venu de développer une nouvelle macroéconomie de la soutenabilité qui ne dépend pas pour sa stabilité d'une croissance acharnée et d'une augmentation de l'utilisation des ressources. Quatre domaines politiques spécifiques sont identifiés pour y arriver :

1. Développer une capacité macro-économique

2. Investir dans des actifs et infrastructures publics

3. Augmenter la prudence financière et fiscale

4. Réformer la comptabilité macro-économique

Protéger les Capacités à se Développer

La logique sociale qui enferme les gens dans le consumérisme matérialiste est extrêmement puissante, mais nuisible écologiquement et psychologiquement. Une prospérité durable peut seulement être réalisée en libérant les gens de cette dynamique destructrice et en fournissant des occasions créatives pour que les gens s'épanouissent - à l'intérieur des limites écologiques de la planète. Cinq domaines politiques s'intéressent à ce défi.

5. Partage du travail disponible et amélioration de l'équilibre travail-vie

6. S'attaquer à l'inégalité systémique

7. Mesurer les capacités et la prospérité

8. Fortifier le capital humain et social

9. Inverser la culture du consumérisme

Respecter les Limites Écologiques

La débauche matérielle de la société de consommation épuise les ressources naturelles et impose une charge non soutenables aux écosystèmes de la planète. Il y a un besoin urgent d'établir des limites claires à l'activité économique en ce qui concerne les ressources et l'environnement et de développer des politiques pour les atteindre. Trois suggestions de politiques contribuent à cette tâche.

10. Imposition de plafonds de ressources/émissions clairement définis

11. Mettre en œuvre une réforme fiscale pour la soutenabilité

12. Promouvoir le transfert de technologie et la protection internationale des écosystèmes.