traduit à partir de http://neweconomicsinstitute.org/content/schumacher-non-violence) par Michel Roudot

Non-violence

Par E. F. Schumacher

Transcription d'un cours donné à Berkeley, CA, 1976

Toute la question de la non-violence a été considérée par diverses personnes comme étant principalement une question de révolution ou de transformation ou d'éviter la guerre, mais plus je réfléchis sur la question plus je vois que cela va beaucoup, beaucoup plus profond. Donc je commencerai par parler de la technique parce que ce dont nous avons besoin est de reconnaître la violence dans notre technique. Nous sommes toujours prêts à réagir de façon violente parce que nous sommes très coléreux. Nous voulons résoudre le problème immédiatement. Nous résolvons habituellement les problèmes en prenant une masse et en l'écrasant dessus et alors le pauvre problème explose en douze morceaux, et alors nous prenons des masses pour écrabouiller chacun des douze et de nouveau ils explosent. L'idée entière de la non-violence est de commencer à vivre d'une manière non violente, et le slogan de l'organisation que j'ai fondée en Angleterre il y a douze ans, l'Intermediate Technology Development Group, est quelque chose comme, « ce sont les gens de seconde zone qui résolvent les problèmes. Les gens de première classe n'en ont pas. » Il est beaucoup mieux de ne pas en avoir dès le début. Comme une personne très intelligente l'a une fois demandé, « Quand nous voyons le rapport, si un ancêtre lointain nous visitait aujourd'hui par quoi serait-il le plus stupéfié ? le nombre de nos dentistes ou la pourriture de nos dents ? » Nous sommes très reconnaissants d'avoir ces résolveurs de problèmes, les dentistes, mais il serait beaucoup plus intelligent de ne pas avoir de dents pourries. Il y a des populations entières qui ont des dents parfaitement saines.

La proposition de solutions non violentes attire souvent une haine réelle, une animosité réelle. Par exemple, si vous dites que nous pouvons avoir une agriculture beaucoup plus efficace sans tous ces produits chimiques violents, alors vous attirez sur vous une grande irritation. Particulièrement d'universitaires, ce qui est compréhensibles puisqu'ils ont passé des années et des années à étudier tous ces produits chimiques, les doses et les contre-doses et les poisons et les contre-poisons et alors vous débarquez et annoncez que nous pouvons nous passer de toutcela. Mais cette technique violente va être notre destruction à moins que nous ne trouvions quelque façon de la corriger.

Par exemple, en agriculture, la chimie est violente. Les processus biologiques sont relativement non violents. Certaines personnes disent que les maladies sont des processus biologiques, mais ce n'est pas cela que nous voulons dire. La nature est dans l'ensemble très bénigne, très bien équilibrée. Si nous comprenons de quoi elle a besoin et que tous les nécrophages et détritivores travaillent aussi, nous pouvons utiliser les mauvaises herbes au lieu de les tuer. Nous pouvons apprendre des infestations parce qu'elles sont des indicateurs que les détritivores sont venus enlever quelque chose. Ceux qui ont développé cet art de l'approche non violente au problème de cultiver assez de nourriture constatent que ces problèmes ne se présentent pas vraiment. Il y avait un jardinier allemand qui a établi un jardin sur les terres d'une ancienne briqueterie. Il n'y avait aucune fertilité du tout, mais il a bâti la fertilité lui même et il offrait à tout visiteur un mark pour chaque punaise qu'il apporterait pour le jardin. Il n'y en avait simplement aucune. Ces choses peuvent être faites et ont été faites et sont toujours faites. C'est une approche non violente. Certes, ce n'est pas parfait, mais je crois que rien dans ce monde ne peut être parfait.

Je donnerai un autre exemple de violence, peut-être le plus horrifiant. Nous sommes prêts à produire du plutonium pour obtenir un peu d'énergie pour pouvoir continuer à construire des pièces d'où toute la lumière du soleil est soigneusement exclue et où rien ne peut se produire à moins que nous n'y brûlions de l'énergie. Nous le faisons pour pouvoir continuer ces absurdités, auxquelles nous nous sommes livrés quand notre pétrole et notre gaz naturel étaient bon marchés et abondants. Nous sommes maintenant prêts à produire du plutonium et à polluer le monde entier avec cette substance incroyablement horrible, qui est un danger pour toutes les créatures vivantes pour toujours une fois qu'elle a été mise au monde. Le Seigneur ne l'a pas mise au monde. Nous le faisons. Et puis nous disons que la science s'assurera que ça ne fuira jamais dans la biosphère. Merveilleuse science. Ils essayent de nous faire croire que dorénavant il n'y aura jamais de tremblements de terre, aucune violence d'aucune sorte, aucune perturbation civile, aucun criminel, aucun schizophrène qui pourra tirer le mauvais levier et que donc, il est tout à fait adéquat de mettre au monde cette substance épouvantable, un danger pour toute vie pendant 3 millions d'années après avoir été produite par l'homme. Ainsi, il y a beaucoup, beaucoup d'autres exemples. Ceci élargit le concept de violence et de non-violence au-delà du purement politique. Essayons de l'élargir un peu plus dans le philosophique, le tissu même de la manière de penser moderniste.

Vous savez, quelque chose est arrivé il y a dans les trois cents ans dans notre histoire intellectuelle et spirituelle, qui est associée aux noms de Francis Bacon et René Descartes. Ils ont soudainement mis sens dessus dessous le principe même de la civilisation Occidentale. Le principe de la civilisation Occidentale a été formulé par Thomas d'Acquin, qui en réalité citait lui-même Aristote, à savoir que la plus minime connaissance des choses les plus élevées est plus désirable que la connaissance la plus précise des choses inférieures. Autrement dit, il y avait une échelle verticale et René Descartes est arrivé et a dit que la seule connaissance qui vaut la peine d'avoir est celle qui peut être absolument précise. Le modèle en était la géométrie et les mathématiques, ce qui limite automatiquement l'attention aux seules choses inférieures. Seules ces choses peuvent être mathématisées. Mais ces facteurs mystérieux comme la vie ou la conscience, ou, à un niveau humain, la conscience de soi, la sorte de conscience qui porte sur elle-même et ouvre ainsi toutes les portes, ne peuvent jamais être mathématisées. On ne peut pas les connaître avec précision. On ne peut les connaître que dans la mesure où nous pouvons mobiliser à l'intérieur de nous-mêmes les quantités nécessaires pour le savoir. Ainsi, il ne peut y avoir aucune question de précision totale, sans parler de mesure. Et ce fut le grand moment où Francis Bacon a dit que, dans les mots de Descartes, nous ferons de nous les maîtres et les possesseurs de la nature. « Les maîtres et les possesseurs de la nature » : c'est une attitude entièrement nouvelle qu'aucune part de l'humanité n'avait précédemment jamais tenue. Historiquement, nous nous étions considérés comme, en un sens, des créatures. Mais que nous ayions même l'ambition de devenir des maîtres et des possesseurs – c'est de là que la véritable violence profondément enracinée provient. Descartes déjà, voulant être précis, disait que les animaux sont des machines. Alors, bien sûr, ça n'a pris que 100 ans avant que le philosophe suivant ne vienne dire que les êtres humains sont des machines. Et quand ces idées prennent progressivement racine dans une civilisation il ne faut pas très longtemps avant qu'elles ne soient mises en pratique. Nous savons que nous avons mis en pratique l'idée que, après tout, les animaux sont seulement des machines. Nous l'avons mise en pratique pour de bon. Ce sont des machines à produire des oeufs ou des machines à produire de la viande dans des grandes usines animales – de nouveau, un exemple de l'esprit violent qui vient de mauvaises positions métaphysiques.

De là malheureusement, parce que l'âge moderne s'est perfectionné dans le traitement des êtres humains comme des machines. Dans notre système industriel, les êtres humains sont des moyens de production et la technique est développée non du point de vue de ce qu'est le besoin de l'être humain pour se développer, mais d'où mettre l'être humain pour accélérer le processus de production. Et, bien sûr, si ceci pouvait être mécanisé, alors nous pourrions nous passer de l'être humain. Tout ceci provient de la perte de la direction verticale et de la perte de toute sorte d'idée que la vie puisse avoir un but, si ce n'est juste de la passer d'une façon pas trop désagréable. Je crois en tant qu'écologiste que nous n'obtiendrons rien de correct de notre économie tant que nous ne retrouverons pas une base métaphysique saine. Il y a, je crois, dans tous les êtres humains, une énorme pulsion qui peut être étouffée qui est toujours prête à resurgir, par-dessus toutes les frivolités de la vie quotidienne, et qui a traditionnellement été symbolisée par l'érection des cathédrales et par toutes sortes de mythes et de légendes. Nous avons été privés de plus en plus de tout cela depuis Descartes. Et maintenant nous avons toujours besoin de chercher, de dépasser et que faisons-nous ? Envoyer des gens sur la lune. Le plus grand monument à Moscou est une plate-forme de lancement de fusées spatiales. Nous avions des plates-formes de lancement pour les âmes et ça n'utilise pas beaucoup d'énergie mécanique. Ça économise le gaz naturel que l'âme s'élève, mais pour qu'une fusée s'élève, ça demande une certaine quantité de ressources naturelles et des ressources naturelles non-renouvelables. Je ne plaisante pas. Ces choses sont interconnectées et parler de conservation ou d'écologie sans faire ce lien est une perte de temps. La question est qu'il doit y avoir de la croissance. En fait, ayant perdu la conscience de la dimension verticale, on dit qu'il doit y avoir de la croissance économique ; nous ne savons pas vraiment pourquoi ou de quoi, mais nous nous imaginons que s'il y a plus d'activité, que c'est une bonne chose qui nous protège. Bien que, nous soyons à la fin d'une ère, si bien que même votre nouveau président a pu dire que plus n'est pas nécessairement mieux – une très, très importante déclaration. Une des déclarations les plus importantes faites en 100 ans. Bien sûr, il a toujours été supposé que plus est mieux. Donc j'ai juste voulu faire le lien entre cette idée de non-violence, qui est normalement traitée comme si c'était juste une question d'éthique, et montrer que c'est aussi une question technologique et que la technique est aussi une question de métaphysique.

L'idée même d'envoyer des gens sur la lune doit être comprise métaphysiquement. Il ne suffit pas de dire, « Eh bien, nous sommes juste des petits garçons et comme nous pouvons le faire, nous devons le faire. » Non, nous avons besoin de ce mouvement ascendant et quand nous ne pouvons pas le faire spirituellement, alors il faut que nous le fassions physiquement. Peut-être que ceci a des conséquences spirituelles qui peuvent être avantageuses. Ces gens ont vu la terre de loin et ont soudainement pris conscience que la terre n'est pas comme les philosophes scientifiques nous l'ont dit, juste un accident cosmique, sans importance. Ils sont revenus et ils ont dit nous avons vu le bijou de l'univers, une chose de beauté véritable et une chose toute ronde et aussi grande qu'elle l'est et pas plus grande. Nous avons visité d'autres planètes en personne ou par la photographie et tout ce que nous pouvons voir est un espace désolé. Horriblement désolé. Bien sûr, nous n'en avons pas vu beaucoup, mais celles que nous avons vues nous ont donné une nouvelle vision du monde. Peut-être même que la stupidité d'envoyer des gens sur la lune peut nous ramener à la vérité, parce qu'une opération comme propulser des gens jusqu'à la lune est une opération qui ne peut grandir que dans un esprit très violent. Nous voulons être les maîtres et les possesseurs de la lune aussi, du système solaire; aussi avec toutes les fantaisies sur des colonies spatiales et tout ça, eh bien, il faut garder son sens de l'humour. On m'a demandé ce que j'en pensais et j'ai dit, « Eh bien, je peux vous donner ma liste de gens que je proposerais d'y envoyer, et je les subventionnerais même. Mais je crains que ça n'arrive pas parce que cet événement perd tout sens des réalités. »

Les choses avec lesquelles nous travaillons doivent avoir un peu d'existence physique. C'est pourquoi nous sommes sur cette terre. Le verbe est en effet le commencement, mais il n'est pas bon de se contenter du verbe. L'Évangile, le quatrième Évangile dit, « Au commencement était le Verbe, » mais continuez à lire, le Verbe doit descendre, devenir chair et demeurer parmi nous. Donc la vraie question de chacun d'entre nous est, comment pouvons-nous d'abord entendre le Verbe, si ce n'est en le faisant descendre et en le faisant chair pour qu'il puisse devenir une réalité parmi nous ? Donc, nous devons faire quelque chose dans le monde matériel, et une des plus grandes tâches dans mon groupe est de travailler pour la création d'une technique non-violente.

Gandhi savait instinctivement toutes ces choses avec une précision de style, qui est d'autant plus étonnante que vous lisez plus de ce qu'il a dit. Comme il l'a dit simplement ! Il savait que la technique non violente doit être une technique à échelle humaine. Nous voyons les gratte-ciel – c'est le résultat d'une attitude violente envers tout et a une conséquence économique plutôt énorme. J'ai passé deux ans jeune homme aux États-Unis et pendant plusieurs décennies où les gens me demandaient où je suis né, j'avais l'habitude de dire que je suis né à l'âge de 21 ans en Amérique. Mais maintenant je vois combien les choses sont étranges. Comment, d'une certaine façon, le système a dégénéré. D'un côté, je rencontre d'énormes gratte-ciel. Et puis de l'autre, d'énormes surfaces couvertes de constructions d'un niveau. C'est très étrange n'est-ce pas ? Je veux dire, pourquoi ne pouvons nous pas avoir des bâtiments de 3, 4, 5 étages comme dans les villes européennes ? S'il n'y a vraiment pas assez de terre, pourquoi ceci d'un côté – l'échelle verticale (physiquement) ultra-humaine – et de l'autre, de nouveau l'expansion horizontale pour que toute cohésion soit perdue ? D'une façon ou d'une autre nous avons perdu le contact avec un des principes de base, à savoir, quelle est l'échelle appropriée des choses ? Et quand l'échelle est mauvaise, alors il y a violence. Et très facilement il y a désespoir. Nous devons nous préparer à une époque, je ne dirai pas que c'est aujourd'hui, peut-être dans les 20 mois à venir, mais plus certainement dans les 20 ans, où il y aura un manque croissant de carburant. Ce ne sera pas une question d'exploitation, mais une question de ressources. Il n'y a simplement pas plus de pétrole qu'il n'y en a et au taux actuel d'utilisation, il ne va pas durer plus de deux ou trois décennies. Eh bien, nous ne pouvons pas nous permettre d'en voir arriver purement et simplement la fin, donc pendant les prochaines deux ou trois décennies nous devrons être sur une échelle décroissante à apprendre à faire avec de moins en moins. Ne pas accepter ceci, nous raconter simplement que la science résoudra ces problèmes, n'est rien d'autre qu'un suicide.

Bien, retournons à Gandhi. L'essence de Gandhi comme leader et économiste non-violent est qu'il dit, « je ne suis intéressé par aucun appareil mécanique ou autre qui est hors de la portée des gens. Donnez-moi des machines, donnez-moi les inventions les plus excellentes, mais elles doivent être telles que chacun y a accès. » Voilà une attitude non violente et j'ai écrit dans mon livre, à plusieurs reprises je pense, la très, très profonde et brillante citation de Gandhi : la solution n'est pas la production de masse, mais la production par les masses. Maintenant cela doit être compris de plus en plus profondément en Occident.

Quelle est la différence entre la production de masse et la production par les masses ? Chacun doit être un producteur, parce que chacun est nécessairement un consommateur et si vous êtes un consommateur sans être un producteur, vous êtes un parasite. Vous vivez à la charge des autres. Vous ne pouvez même pas avoir de respect de vous-même. (Je ne parle pas des bébés ou des vieux ou des estropiés.) Il y a beaucoup de sortes de dispositions où tout le monde ne peut pas être un producteur ou dans lesquels pour être un producteur vous devez vous abaisser à être lié à une petite niche que vous pourriez probablement remplir. Alors chacun devient craintif et névrosé par les alternatives. Je ne peux pas être producteur parce que je suis au chômage. Je ne peux pas trouver un travail, ou peut-être que je ne suis pas prêt à faire les sortes de non-sens qu'on attendent vraiment que je fasse, eh bien, alors je ne peux pas mener une vie intègre convenable. C'est un dilemme épouvantable pour moi.

Donc Gandhi dit que nous n'avons pas besoin de production de masse, qui est arrangée par quelques personnes ultra-riches ou puissantes et une technique qui est hors de la portée des gens en général. Elle est si coûteuse qu'elle ne peut être utilisé que par des gens qui sont très riches ou très puissants. Il voulait la production par les masses – une technique relativement simple pour que chacun puisse être productif. Et si vous l'évaluez juste quantitativement, vous déciderez très rapidement que l'effet multiplicateur quand vraiment chacun peut être productif produit de la richesse à une échelle que la société de production de masse ne pourrait jamais produire. Nous avons effectivement des machines efficaces qui produisent les choses, mais la proportion de gens qui travaillent vraiment de façon productive devient de plus en plus petit. Elle est maintenant si petite que seul un pourcentage minuscule de notre temps social total est du temps que nous tous consacrons ensemble de façon utile à la production. Avec de plus en plus de mécanisation et d'automatisation, ce pourcentage continue à diminuer, de sorte que la joie d'être productif et créatif est évacuée délibérément et complètement hors de notre société. Inutile de dire que tout ceci est accompagné de la théorisation qui a suggéré à la plus grande partie du monde occidental qu'en réalité devoir travailler est une mauvaise chose, que la satisfaction de la vie ne peut s'obtenir que dans des heures de loisir. Être dans une situation où la plupart des gens ne peuvent pas aimer leur travail parce qu'il est stupide et crétin est vraiment assez désastreux. Et cela provoque toutes sortes de comportements violents.

Maintenant pour changer un peu le sujet et le rendre un peu plus métaphysique. Il y a trois niveaux différents : unité au sommet, diversité au milieu et uniformité au fond. Je voudrais associer ces trois mots avec quelques autres. L'unité, si vous le prenez métaphysiquement, peut être appelée le divin ou le ciel. L'uniformité peut être associée à l'idée d'enfer. Et ici c'est nous, c'est le monde, appelons le la Terre. C'est-à-dire que la situation dans nos vies est une situation de grande diversité et multiplicité, ce qui est une situation très instable et nous avons un désir très urgent de sortir de cette instabilité. Et nous avons deux possibilités de solution apparente, soit monter soit descendre. Maintenant, une société de production de masse est une société qui est fondée sur l'idée d'uniformité. C'est un mouvement vers le bas parce qu'avec l'uniformité et la standardisation vous pouvez seulement arriver au niveau le plus bas, à savoir, de la matière sans vie, sans esprit.

L'industrie est une tentative cohérente et systématique d'éliminer le facteur vivant de ce que nous faisons. C'est beaucoup plus facile dans l'industrie textile de travailler avec des fibres artificielles qu'avec des fibres naturelles. Pourquoi ? Parce que les fibres artificielles ont une uniformité totale, tandis qu'il y a toujours quelque chose d'incontrôlable avec tout ce qui est vivant parce qu'il contient un élément de liberté. Donc les industriels disent, « Eh bien, sûrement mon rôle est d'éliminer le facteur vivant. » L'idéal est l'automatisation totale.

C'est comme un médecin que j'ai rencontré en Afrique qui étudiait une maladie qui vient d'escargots dans l'eau. Ils produisent des organismes qui entrent dans la peau et dans le corps humain et ensuite du corps humain de nouveau dans les escargots. La façon de traiter la maladie est de casser le cycle quelque part. Et il dit qu'il était arrivé à la conclusion qu'il est impossible d'éliminer les escargots mais peut-être qu'on pourrait le résoudre si on éliminait les humains. Alors le cycle sera brisé et la maladie sera éliminée. L'industrie est un peu comme ça. Ils disent que nous voulons des marchandises. Nous sommes intéressés par les marchandises et nous voudrions éliminer l'être humain parce que les machines automatisées ne peuvent pas se mettre en grève, elles ne pratiquent pas l'absentéisme. Vous devez organiser la maintenance, mais vous n'avez pas à prendre en compte des êtres qui demandent des salaires plus élevés et des choses comme ça. Voilà, c'est la tendance de la production de masse. L'industrie est contrainte vers l'uniformité, poussée à éliminer la vie. Donc c'est un mouvement vers le bas. Et, bien sûr, cela tue l'esprit humain. Si vous demandez à un ouvrier, « Aimez vous votre travail ? », alors vous feriez mieux de ne pas attendre la réponse. C'est une des raisons pour lesquelles nous avons une inflation mondiale parce que les gens prennent conscience du fait qu'ils sont utilisés et qu'il n'y a aucune raison à cela sauf le salaire hebdomadaire. Il est raisonnable, alors, de dire si je travaille seulement pour avoir de l'argent, je dois arranger les choses pour que je travaille de moins en moins pour de plus en plus d'argent.

Mais ça peut être un retour à une certaine forme de santé mentale de forcer la direction à reconsidérer que la technique déshumanise. Pour que le travail puisse être rendu plus agréable, au lieu de dire simplement, comme les propriétaires d'esclaves disaient, « Oh, non, ils ne se plaignent pas vraiment. En réalité ils aiment ça. Ils sont si idiots que moins ils doivent penser, plus heureux ils sont. »

J'ai mentionné Descartes. Cent ans plus tard, nous avons eu un homme nommé Adam Smith, le fondateur de l'économie, dont le bicentenaire vient d'être célébré avec le bicentenaire de la publication de son livre, la Richesse de Nations. Il y dit que les gens sont formés par le travail qu'ils font et si ce travail est totalement stupide, l'être humain deviendra aussi stupide qu'il est possible pour un être humain de l'être. Il continue en disant que c'est ce qui arrivera dans toutes les sociétés de progrès et à la grande majorité de la population. Et il le dit sans sourciller. Il ne dit pas que c'est une grande menace qui mènera à l'écroulement total de notre civilisation ; il dit simplement que c'est ce qui arrivera et, bien sûr, qu'il serait désirable que le gouvernement fasse quelque chose contre cela. Vous ne serez pas étonnés de savoir que Marx a pris cette remarque avec un certain niveau d'agressivité.

Bien, revenons à ces niveaux – le niveau divin de l'unité, notre niveau et le niveau infernal de l'uniformité. Mais vous remarquerez déjà dans les mots que l'unité et l'uniformité sonnent presque identiquement et, d'ailleurs, la sagesse antique dit que Satan était le singe de Dieu. Vous devez faire très attention pour voir que la différence est une différence totale, mais les apparences sont trompeuses pour ceux qui ont négligé leur propre culture spirituelle. Maintenant, nous pouvons associer ceci avec quelques autres idées. À savoir, avec l'idée de qualité et avec l'idée de quantité et ici, bien sûr, au milieu on trouve les deux. C'est-à-dire, on peut considérer tout que vous rencontrez comme une quantité, tant, tel poids, de ceci ou celà, ou ou comme une qualité essentielle. Nous ne savons pas ce que vous faites tous ou allez faire. J'ai commencé ma vie comme statisticien, mais j'ai aussi passé quelques années comme ouvrier agricole. Eh bien, quand j'étais ouvrier agricole il y a dans les 40 années ma tâche avant le petit-déjeuner était d'aller compter le bétail et ensuite de revenir saluer l'intendant, " Oui monsieur, 32, elles sont toutes là. " " Bien ", disait il, " courez prendre votre petit-déjeuner. " Un jour, quand j'arrivais il y avait un vieux fermier debout près de la barrière qui m'a dit, " que faites-vous ici chaque matin si tôt ? " J'ai dit que je comptais le bétail. Alors il a secoué la tête et il a dit, " si vous les comptez chaque jour elles ne profiteront pas. " Il ne savait pas que j'étais un statisticien déguisé.

Rien ne compte vraiment dans notre société si ça ne peut pas être quantifié. Et les choses qui importent vraiment ne peuvent pas être quantifiées. En économie nous avons eu un mouvement de l'économie à l'économétrie – des grands modèles mécaniques, quantitatifs sur la façon dont on suppose que des choses s'entremêlent. C'est un démenti total d'humanité d'approcher un problème humain de cette façon.

Maintenant, je vais finalement associer ces concepts après que le médicament ait fait effet. Vous voyez, là où c'est une question de qualité, là vous avez la non-violence. La quantité, la quantité pure, est la violence pure parce qu'il n'y a rien à respecter. Il n'y a rien avec quoi être tendre. Il y a juste des faits brutaux. Il n'y a pas d'âme, il n'y a pas de vie, vous êtes juste un nombre. C'est la région de la violence pure et, bien sûr, sur cette terre, c'est un mélange des deux – la non-violence et la violence. Pourquoi est ce ainsi ? Parce qu'il a été arrangé que la tension et l'effort imposent un niveau plus élevé, un niveau humain plus élevé.

Il y a deux classes de problèmes. Il y a des problèmes convergents et il y a des problèmes divergents. Maintenant qu'est ce que ça veut dire ? Si vous avez un problème, disons, comment obtenir un transport rapide sur deux roues et lancez cette idée à un certain nombre de concepteurs, ils inventeront la bicyclette. Vous verrez que plus ils y travaillent et plus d'expérience ils acquièrent, plus toutes les différentes solutions des différents concepteurs convergent jusqu'à ce que vous ayez la bicyclette finale. La bicyclette n'a pas changé pendant peut-être 70 ans. C'est un problème convergent et un problème convergent peut être résolu. Et une fois qu'il est résolu, nous en sommes les bénéficiaires même si nous n'avons pas pris partie au travail. Le problème de la façon de vivre dans une pièce noire d'où la lumière du soleil est exclue peut être résolu par l'électricité et des dispositifs de transmission. Et une fois qu'il a été résolu vous n'avez plus qu'à actionner un interrupteur. Ça n'exige rien du tout de vous. Maintenant, si le monde entier ne consistait qu'en problèmes convergents, ils seraient sans doute tous résolus et nous n'aurions plus rien à faire et nous nous transformerions en légumes. Mais ce n'était pas l'idée. Alors le Bon Dieu les a mélangés avec un grand nombre de problèmes divergents qui ne peuvent pas être résolus et ne devraient pas être résolus parce que la solution, je pourrais utiliser le mot épouvantable, la solution finale, est seulement la mort.

Un problème divergent tout à fait typique est l'éducation. Si vous prenez des gens également intelligents et leur posez la question, " quel est la meilleure éducation ? ", il est certain qu'une personne va dire que c'est la transmission de la culture de la société à la génération suivante. Et cela peut seulement être fait dans une atmosphère de discipline. Les petits mendiants doivent être assis sans bouger et la recevoir. Et une autre personne avec une perspicacité également pénétrante dira, " Maintenant attendez une minute, ces petits mendiants sont tout différents et vous ne pouvez pas les forcer. Vous devez construire une petite clôture autour d'eux et mettre ensuite leurs racines dans la culture et ils prendront ce qu'ils ont besoin et grandiront conformément à leurs propres lois et à leur soif et cela peut seulement être obtenu dans la liberté. " Les deux réponses sont correctes. Mais normalement en logique nous apprenons que si la discipline est une bonne chose, plus de discipline est encore meilleure et le maximum de discipline est le mieux. Et alors vous obtenez une école qui est une prison. La liberté est une bonne chose et plus de liberté serait encore meilleur et le maximum de liberté est le mieux et de nouveau vous n'obtenez pas une école, vous obtenez une maison de fous. Donc, c'est un problème divergent parce que la discipline et la liberté sont, en fait, des opposés et il n'y a pas de compromis. Soit le petit gars peut faire ce qu'il aime soit il doit faire ce que je lui dis ; il n'y a pas de centre de semi-liberté. En politique nous avons presque la même chose. Nous avons la liberté et nous voulons l'égalité. Eh bien, si vous laissez les choses libres, alors les choses seront très inégales et si vous mettez en application l'égalité alors votre liberté sort par la fenêtre. Il y a un Français intelligent à l'époque de la Révolution française qui s'est rendu compte que cette paire d'opposés peut être conciliée à un niveau plus haut et ainsi, le slogan de la Révolution française n'était pas simplement l'absurdité d'avoir à la fois l'égalité et la liberté. Les concepts sont réconciliés s'il y a la fraternité – le fait d'être fraternel.

Maintenant, comment puis-je dire que ceci est au niveau le plus haut ? Comment puis-je le reconnaître ? L'égalité peut être organisée; elle peut être règlementée. La liberté peut être organisée; et être règlementée, mais la fraternité est une qualité de l'être humain. Elle ne peut pas être règlementée et elle ne peut pas être produite synthétiquement. Elle doit venir de chacun d'entre nous par notre énergie intérieure. C'est quelque chose de plus haut. Donc, vous pouvez conclure que la vie a été arrangée pour être pleine de problèmes divergents. Quand il n'y a aucune solution aux problèmes, nous sommes continuellement stimulés pour monter à un niveau plus haut. Dans ce sens, la non-violence est le niveau le plus haut. Nous ne devons pas supposer que nous pouvons réaliser la non-violence sur cette terre, mais nous devons nous rappeler que si nous ne pratiquons pas la non-violence et n'aspirons pas à elle, alors certainement nous sombrerons dans la violence.

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